Salon de l'agriculture: Il crée un label «poétique» pour élever ses chèvres

ANIMAUX Un jeune Landais propose une alternative insolite en se moquant de l’élevage conventionnel...

Audrey Chauvet

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Une chèvre des Pyrénées, au Salon de l'agriculture le 23 février 2015.
Une chèvre des Pyrénées, au Salon de l'agriculture le 23 février 2015. — A.Chauvet/20Minutes

Dans leur box, Sheila et Cendrillon rivalisent d’élégance: avec leurs longs poils, elles séduisent les visiteurs du Salon de l’agriculture venus admirer les rares chèvres présentes à la porte de Versailles (Paris 15e). Comme l’indique le panneau qui orne leur enclos, ces chèvres des Pyrénées sont élevées selon les principes de «l’agriculture poétique»: «Sur un territoire comme les Landes, où l’on trouve essentiellement de la production de maïs et de canards, avoir un projet alternatif, c’est automatiquement se faire étiqueter "le poète"», s’amuse Clément Baillet, jeune éleveur de 28 ans installé à Saint-Sever (Landes). «En plus, avec des chèvres, c’est Jean de Florette

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«Le bon sens paysan»

Pour tourner en dérision les préjugés des agriculteurs conventionnels, Clément Baillet a donc lancé un «label Agriculture poétique» qui repose sur «le bon sens paysan»: pas d’utilisation de produits phytosanitaires, élevage en plein air, distribution locale des produits et collaboration avec des prestataires locaux. «Je ne veux pas être labellisé bio car il y a trop de déviances commerciales et industrielles dans le bio, explique Clément Baillet. Le bio devrait promouvoir une consommation locale et raisonnée, mais la demande croissante a fait que cette démarche s’est industrialisée.»

Titulaire d’une licence européenne dans le domaine de l’environnement, Clément Baillet est revenu dans sa région d’origine pour y faire vivre des races locales comme la chèvre des Pyrénées, mais aussi le porc gascon et les oies, «qu’il transforme en confit et en foie gras». Fidèle aux traditions, il espère renouer avec une agriculture qui valorise «la rusticité et l’adaptation des bêtes au milieu naturel». Les chèvres des Pyrénées sont ainsi friandes des friches, ronces et petits arbustes qu’elles trouvent dans leur environnement. Leur production de lait modeste, de 200 à 500 kilos par lactation, permet toutefois à l’exploitation d’être rentable : «Avec 50 chèvres pyrénéennes, un atelier de naissance de porcs qui compte une vingtaine de truies et les oies, je vis de mon activité, assure Clément Baillet. Un peu de polyculture en plus et nous atteignons 70% d’autonomie alimentaire pour notre famille.»

«Plus écologue qu'écologiste»

Loin des «excès» de l’agriculture conventionnelle qu’il dénonce, Clément Baillet se sent «plus écologue qu’écologiste»: «Nous n’avons pas encore de parade à l’agriculture industrielle. Il faut nourrir le monde et les alternatives à la recherche effrénée du rendement ne sont pas encore au point. L’agriculture poétique n’est pas la solution miracle mais elle propose autre chose.» Des chèvres et des poèmes, une proposition qui pourrait relaxer les citadins stressés de la Porte de Versailles.