Etre payé pour pédaler, la solution pour mettre les Français en selle?

TRANSPORTS Une indemnité kilométrique pour les vélos inciterait-elle à prendre le vélo pour aller au travail?...

Audrey Chauvet

— 

Des cyclistes dans les rues de Paris.
Des cyclistes dans les rues de Paris. — JPDN/SIPA

On a enfin trouvé une énergie renouvelable, gratuite et non polluante: celle des mollets. Alors que la loi sur la transition énergétique veut développer les modes de transport non polluants, une «indemnité kilométrique vélos» pourrait faire partie des solutions destinées à mettre le pied des Français à l’étrier.

Le 23 janvier, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal a présenté les résultats d’une expérimentation de cette indemnité, menée de juin à novembre 2014: sur 8.000 salariés, 419 ont enfourché leur vélo et touché une indemnité de 25 centimes d’euro par kilomètre parcouru. Ils étaient seulement 200 à pédaler auparavant. Alexandra, lectrice de 20 Minutes, qui va chaque jour du 11e au 9e arrondissement de Paris à vélo serait favorable à une telle indemnité: «Je trouverais cela plus équitable car mon entreprise finance à 50% le passe Navigo de mes collègues [pour les transports en commun francilien] et offre des places de parking pour ceux qui viennent en voiture», explique-t-elle.

La sécurité, le principal frein

Une aide financière pourrait-elle être la solution miracle pour réduire les déplacements en voiture? «Ca ne suffit pas, estime Olivier Razemon, auteur de Le pouvoir de la pédale (éd. Rue de l’échiquier). Les villes où l’on se déplace le plus à vélo sont celles où la circulation routière est apaisée et où on a installé de vraies pistes cyclables et des emplacements pour ranger les vélos.» Faire de la place aux vélos, c’est aussi le souci du Club des villes et territoires cyclables: «On a réalisé beaucoup d’aménagements cyclables dans les "zones 30", note Pierre Serne, son président. Nous travaillons maintenant à la continuité des pistes cyclables pour éviter d’avoir des tronçons de route sans piste, entre les villes ou sur les grandes places parisiennes par exemple. Ces ruptures créent beaucoup d’insécurité.»

La peur de l’accident est en effet le premier frein évoqué par les non-cyclistes: «J'irais au travail à vélo si je me sentais plus en sécurité sur la route avec des vraies et larges pistes cyclables et des priorités aux carrefours», témoigne Sylvie, qui habite près de Genève. La sécurité passe aussi par la certitude de retrouver son vélo le soir: «Au bureau, rien n'est prévu pour le stationnement des vélos et je le pose donc sous le préau à l'entrée du bâtiment pour qu'il soit à l'abri de la pluie. Pas pratique», renchérit Bernard, qui travaille à Lille.

Métro, boulot, vélo

Sauf dans les grandes villes où prendre sa voiture est synonyme d'embouteillages, les automobilistes ne semblent pas encore prêts à lâcher le volant: l’expérimentation a montré que ce sont les utilisateurs de transports en commun qui se sont majoritairement convertis au pédalage. Nelly, internaute de 20 Minutes, qui habite Villeurbanne (Rhône) et travaille à Lyon, se sentirait néanmoins en jambe pour reprendre le vélo si on lui donnait un coup de pouce: «J'ai repris ma voiture depuis que mon entreprise a déménagé car le trajet est trop long en bus avec des combinaisons aberrantes alors qu'à vol d'oiseau ce n'est pas trop loin. Sans doute qu'à la belle saison, avec une petite incitation financière, je serais sur une selle!», nous dit-elle. Pour Olivier Razemon, les transports en commun ne concurrencent pas le vélo: «Ils permettent justement de ne pas en dépendre complètement, si on rentre tard, si on n’est pas habillé pour ou s’il fait mauvais temps.»

Il reste toutefois un impondérable: les caprices de la météo restent un obstacle pour de nombreux cyclistes en herbe. Béatrice, qui parcourt environ 18km chaque jour entre Suresnes et Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), avoue être refroidie par une météo défavorable: «S'il fait froid ou s'il pleut beaucoup, je me résous à prendre le tram», nous écrit-elle. Mais les accros, eux, ne dessellent pas: «On s'y est mises par tous les temps, nous disent Maya et Anne-Élie, habitantes de Fegersheim, près de Strasbourg.  On économise la salle de sport et on gagne du temps par rapport à nos collègues coincés dans les embouteillages. Si une indemnité était versée, ce serait le Pérou...» Mais Maya et Anne-Elie risquent d’être déçues: elles ne toucheront pas le jackpot grâce à leurs 17km quotidiens puisque l’indemnité devrait être plafonnée à 55 euros par mois.

ET LA POLLUTION?

Mathilde et Alexandra, parisiennes, déplorent toutes les deux la pollution de la capitale. «Beaucoup trop de pollution dans mes poumons dès le matin», nous confie Mathilde, qui aimerait pourtant bien prendre le vélo pour aller travailler dans le 8e arrondissement. Pour Pierre Serne, président du Club des villes et territoires cyclables, la pollution respirée par un cycliste n’est pas pire que pour un piéton. «L’endroit où la pollution est la plus concentrée est dans l’habitacle d’une voiture», rappelle-t-il. Et les bienfaits du vélo pour la santé restent indéniables.