Les températures de 2014, un signal d’alerte pour les climatologues

CLIMAT Les climatologues estiment que les températures élevées de 2014 ne permettent plus de douter de l’origine du réchauffement climatique…

Audrey Chauvet
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Le temps presse pour espérer pouvoir limiter le réchauffement à 2°C, seuil au delà duquel les impacts seraient "graves et irréversibles"
Le temps presse pour espérer pouvoir limiter le réchauffement à 2°C, seuil au delà duquel les impacts seraient "graves et irréversibles" — Philippe Huguen AFP

2014, année caniculaire. Si les Français n’ont peut-être pas eu le sentiment d’étouffer cette année, la Terre s’est bel et bien réchauffée: une étude publiée vendredi par l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) montre qu’en 2014 la température moyenne globale à la surface des terres s'est située 1°C au-dessus de la moyenne du XXe siècle.

Si les relevés de températures, sur lesquels sont basées les comparaisons de la NOAA, ne remontent qu’à 1880, les climatologues rappellent que les études faites sur le dernier millénaire tendent aussi à démontrer un réchauffement exceptionnel: «Les trente dernières années ont été les plus chaudes depuis mille ans dans l’hémisphère nord, rappelle le climatologue Jean Jouzel, membre du Giec. Ce réchauffement est exceptionnel par son intensité.»

«Plus qu’une coïncidence»

Pour le climatologue Hervé Le Treut, le lien entre température et émissions de gaz à effet de serre est maintenant difficilement contestable: «La correspondance entre le moment où les températures ont augmenté et celui où les émissions de gaz à effet de serre se sont accrues est probablement plus qu’une coïncidence». Certes, d’autres facteurs de variabilité du climat sont à prendre en compte: la pollution atmosphérique, qui «tend à contrecarrer une partie du réchauffement» note Jean Jouzel, les phénomènes climatiques de type El Nino ou La Nina, l’activité solaire… «Les causes naturelles jouent pour moins de 10% sur le climat par rapport aux forçages liés à l’activité humaine», rappelle Jean Jouzel.

Dans certaines régions, l’année 2014 a rendu tangible l’intensité du réchauffement: «C’est dans les régions polaires que le réchauffement est le plus important et notamment en Arctique où on assiste à une fonte des glaces, explique Hervé Le Treut. La zone polaire est vraiment une zone d’alerte». Si la fonte des pôles entraîne une hausse inquiétante du niveau des mers, le changement climatique a aussi beaucoup de conséquences dans les régions tropicales, rappelle le climatologue: «La vulnérabilité de systèmes écologiques, surtout des forêts, y est forte».

Ne pas dépasser les +2°C, impossible?

Quant aux océans, dont la température de surface a été, en 2014, de 0,57°C supérieure à la moyenne des 134 dernières années selon la NOAA, ils pourraient perdre leur rôle d’amortisseur du réchauffement climatique. «Les océans donnent le tempo du changement climatique car c’est à leur surface qu’il y a l’inertie thermique la plus importante. Le réchauffement va se prolonger quoi qu’on fasse, car à cause de cette inertie et du décalage qu’elle provoque, le système climatique ne se refroidira pas d’un coup», alerte Hervé Le Treut.

Ce n’est toutefois pas une raison pour baisser les bras, réagit Jean Jouzel: «Il est important de conserver l’objectif ambitieux de contenir le réchauffement global à +2°C car il serait très difficile de faire face à +4°C ou +5°C à la fin du siècle. Cela aurait de très lourdes conséquences pour la biodiversité et sur le niveau des mers.» Mais pour atteindre cet objectif, il faudra prendre des mesures drastiques: «Il faudrait infléchir nos émissions de gaz à effet de serre de 15 à 20% entre 2015 et 2020, puis les diviser par 2 ou 3 jusqu’en 2050 pour arriver à la neutralité carbone à la fin du siècle»,chiffre Jean Jouzel. Impossible? «C’est très ambitieux mais c’est justifié», estime le climatologue.