Climat: il est «urgent de taxer le carbone»

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Le soleil pointe derrière une centrale thermique à Sofia, Bulgarie, le 31 janvier 2012. Le président français François Hollande a estimé lundi que donner "un prix" au carbone serait un critère de réussite de la conférence climat qui se déroulera fin 2015 à Paris
Le soleil pointe derrière une centrale thermique à Sofia, Bulgarie, le 31 janvier 2012. Le président français François Hollande a estimé lundi que donner "un prix" au carbone serait un critère de réussite de la conférence climat qui se déroulera fin 2015 à Paris — Dimitar Dilkoff AFP

Parvenir à donner «un prix» au carbone sera, selon François Hollande, un critère de réussite de la conférence climat fin 2015 à Paris. Explications de l'économiste Christian de Perthuis, professeur à l'université Paris Dauphine, qui estime «urgent» de mettre en place cet outil pour lutter contre les gaz à effet de serre.

Question: Pourquoi instaurer un prix du carbone serait un gage de réussite de la conférence climat ?

Réponse: Tant qu'on a pas un prix international du carbone, les progrès apparents sur le front des émissions de gaz à effet de serre sont virtuels. Les émissions des Etats-Unis par exemple sont orientées à la baisse, grâce à un transfert important du charbon vers le gaz pour la production d'électricité. Mais le charbon américain non utilisé est exporté et se retrouve en Chine ou au Japon. Tant qu'il n'y aura pas un coût climatique associé à ce charbon, il se retrouvera sur le marché.

Il est urgent de créer une nouvelle valeur économique: le coût climatique des émissions de CO2. Pour lutter contre le réchauffement, les démarches volontaires sont indispensables, les innovations aussi, mais la vérité, c'est que jamais les émissions de gaz à effet de serre n'ont augmenté aussi rapidement depuis 2000 et si l'on ne change pas le système de prix (de l'énergie), cela va continuer. Il faut un signal fort, qui indique aux utilisateurs et producteurs d'énergies fossiles que celles-ci ont un coût climatique.

Q: Y-a-t-il déjà des systèmes de tarification du carbone?

R: Il y a actuellement deux grands systèmes de tarification. D'abord, des systèmes de quotas, comme en Europe, dans des régions de la Chine et une dizaine d'Etats aux Etats-Unis. On plafonne les émissions de gaz à effet de serre et on donne des droits à émettre. L'une des pistes (pour aller vers une tarification internationale) serait de relier ces différents marchés

La deuxième piste, c'est non pas de passer par des quotas, mais par une taxe carbone au niveau mondial, comme cela existe déjà en France, en Irlande, dans les pays scandinaves. On peut espérer que l'accord qui sera conclu à Paris donne un certain nombre d'années pour instituer une tarification du carbone au plan international. Vu que cet accord entrera en vigueur en 2020, on aura pas trop de quatre ans pour le faire. Une taxe carbone au niveau international, cela pose des difficultés mais ce serait un signal extrêmement fort.

Q: Quels sont les freins à l'instauration d'un prix pour le carbone au niveau mondial?

R: Plus grand monde ne croit à la mise en place d'un système de plafonnement des émissions par pays comme on avait voulu faire à Kyoto. C'est la différence entre la négociation climatique aujourd'hui et il y a 10 ans. Désormais, on essaie de partir de ce qui existe déjà et de le développer. Si, par exemple, on construit, entre 2015 et 2020, un marché fluide du carbone entre Chine, Etats-Unis et Europe, cela aura un effet d'aspiration énorme sur les autres régions du monde.

Pour la deuxième piste (une taxe carbone au niveau international), la grande difficulté, ce n'est pas tant de la mettre en place, mais de décider de la redistribution de son produit.

Une fois qu'il y a consensus sur la redistribution, on peut discuter du montant de la taxe. Il faut donc combiner l'introduction d'un prix du carbone avec des mécanismes de redistribution vers les pays en voie de développement et vers les pays pétroliers, dont la rente va à terme s'amenuiser.

ces/na/jpr