Cartographie du réchauffement

Sa. C. avec AFP

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Le réchauffement s'est accéléré ces dernières années: 0,74 degrés supplémentaires sur les 100 dernières années (1906-2005), contre 0,6 degrés retenus pour la période 1901-2000 dans le précédent rapport publié en 2001
Le réchauffement s'est accéléré ces dernières années: 0,74 degrés supplémentaires sur les 100 dernières années (1906-2005), contre 0,6 degrés retenus pour la période 1901-2000 dans le précédent rapport publié en 2001 — William West AFP/Archives

Qui pâtira le plus du réchauffement climatique? Les experts du Groupe international d'experts climatiques (Giec) se sont réunis toute la semaine pour évaluer ses conséquences sur les différentes régions du monde.

Une cartographie bien pessimiste ressort de leur accord obtenu à l’arraché, la Chine, l'Arabie saoudite, la Russie et les Etats-Unis rechignant à reconnaître l’impact de l’activité humaine sur le réchauffement.

Avec une certitude: toutes les régions subiront les effets négatifs du dérèglement climatique, même si les pays pauvres payeront sans doute le plus lourd tribut.

En Europe


Les pays méditerranéens, notamment l'Espagne, la France, l'Italie et la Grèce, feront face à des risques accrus de sécheresse, des récoltes appauvries et des vagues de chaleur mortelles. Les pays du Nord subiront davantage d'inondations, mais bénéficieront dans un premier temps d'un allongement des saisons propices aux cultures.

Les Alpes, qui se réchauffent déjà plus vite que le reste de l'Europe de l'ouest, perdront un tiers de leurs stations de ski avec une hausse globale de 2°C et les deux-tiers au-delà des +4°C.

Aux pôles

L’Arctique verra son permafrost (terres gelées en permanence) diminuer de 20 à 35% d'ici 2050. La fonte des glaces va également se traduire par la disparition des zones d'habitats de nombreux oiseaux et mammifères, avec des «conséquences majeures» pour les ours polaires et les phoques, ainsi que pour les Inuits, qui en dépendent pour leur nourriture.

En Antarctique, des incertitudes demeurent concernant la couche de glace qui concentre l'essentiel des réserves d'eau douce du monde. Quant à l'étendue de la banquise l'été, les prévisions vont d'une légère augmentation à une disparition quasi complète.

Aux Etats-Unis
Le réchauffement climatique frappera l'Amérique du nord sous la forme de vagues de chaleur éprouvantes dans les villes et de tempêtes plus intenses, qui toucheront particulièrement les côtes, à l'instar du cyclone Katrina de 2005.

En Amérique Latine

Du Mexique à l'Amazonie, la savane gagne sur la forêt en Amérique latine et la désertification s'étend. Sous l'effet des sécheresses à venir, la salinisation et la désertification des terres agricoles menacent la sécurité alimentaire du continent. D'ici à 2050, la moitié des terres agricoles pourraient être concernée, exposant des «dizaines de millions» d'individus à la famine et 60 à 150 millions d’autres aux pénuries d'eau douce. L'ensemble des récoltes et l'élevage devrait décliner à partir de la décennie 2020, sauf la production de soja, qui augmentera dans les zones tempérées. Le Salvador, le Guyana et l'estuaire du Rio de la Plata, autour de Buenos Aires, connaîtront des inondations.

Le phénomène risque également de mettre en péril les mangroves du Brésil, d'Equateur, du Venezuela et de Colombie, tandis que le réchauffement de la température de l'eau menace les coraux au large du Mexique et du Panama et les récifs coralliens du Belize, classés au patrimoine mondial de l'humanité.

En Afrique

Famines et pénuries d’eau seront exacerbées. Le Sahel, l'Afrique orientale et australe en seront les premières victimes. Le Giec tire la sonnette d’alarme, affirmant que la sécurité alimentaire sera «sérieusement compromise» pour 80 à 200 millions de personnes supplémentaires d'ici 2080.

Les récoltes pourraient diminuer dans certains pays africains de 50% en 2020 et même de 90% en 2100. Dans le même temps, alors que les besoins d'irrigation vont augmenter, l'eau va se raréfier ou sa qualité se dégrader: dans le delta du Nil, la salinisation menace et 15% des terres arables devraient disparaître, englouties.

Guerres et réfugiés climatiques

Conséquence de ces changements, la gestion des cours d'eau, déjà complexe par le partage qu’elle implique entre pays dépendant de la même source, risque d'exacerber les tensions. Un scénario déjà envisagé par l’armée américaine.

Le réchauffement de la planète pourrait provoquer dans les prochaines années l'exode de millions, voire de dizaines de millions de "réfugiés du climat", poussés hors de chez eux par les sécheresses et les maladies.