Conférence sur le climat: «Les pays qui freinent sont toujours les producteurs de pétrole»

ENVIRONNEMENT Thomas Spencer, directeur du programme Climat de l’institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), analyse les avancées nées lors du sommet de Lima...

Propos recueillis par Romain Scotto

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Des représentants de pays à la Conférence de l'ONU sur le climat, le 13 décembre 2014 à Lima
Des représentants de pays à la Conférence de l'ONU sur le climat, le 13 décembre 2014 à Lima — Cris Bouroncle AFP

A peine rentré de Lima où les discussions ont abouti in extremis à un accord sur le cadre des engagements attendus d'ici le grand rendez-vous de Paris fin 2015, Thomas Spencer analyse pour 20 Minutes les enjeux du débat. Le directeur du programme Climat de l’institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), est plutôt optimiste sur le court terme.

Laurent Fabius juge que «Lima a fourni une bonne base de travail». Êtes-vous d'accord avec cela?

Oui. On voit les points de convergence. On a des étapes importantes pour 2015. Il faut qu'on ait la première esquisse formelle de l'accord en mai 2015. Ça met une pression pour clarifier les choses bien avant la conférence de Paris.

Mais concrètement, les points fondamentaux, comme l'évaluation des contributions nationales, n'ont pas connu d'avancées?

C'est vrai. Ce n'était pas l'objectif de départ non plus. Il s'agissait du côté plus procédural. Comment on va organiser le travail en 2015. Ça paraît anodin mais ça ne l'est pas. C'est en donnant des échéances qu'on donne des gages de sérieux et qu'on crée la confiance. C'est comme une relation amoureuse avant l'engagement.

L’UE souhaitait un accord plus ambitieux. C'est-à-dire?

L'un des sujets de discussion portait sur les règles qui encadreront les contributions nationales sur la réduction des gaz à effet de serre. L'autre élément portait sur un processus de consultation. Finalement, les règles sont bien là, mais pas aussi fortes qu'on l'aurait voulu. Et le processus de consultation n'a pas été adopté. C'est dommage.

Quels sont les pays les plus récalcitrants? Toujours les producteurs de pétrole?

Oui. Parmi les grands, Brésil, Chine, Etats-Unis, Inde, UE, il y a vraiment une volonté d'avoir un accord. Il y a des points de divergence évidemment. La transparence pose un problème à la Chine mais elle veut un accord. Les pays qui freinent sont toujours les producteurs de pétrole comme l'Arabie saoudite, le Venezuela, le Nigeria, et des pays en voie de développement de taille moyenne: la Malaisie, l'Algérie, qui pour la première fois, sont appelées à contribuer. Car c'est un accord universel. A Lima, on a acté que tout le monde doit contribuer dans un cadre commun. Pour eux, c'est un peu nouveau. Selon la convention sur le changement climatique, ces pays-là sont en voie de développement et n'ont pas obligation d'agir sur le changement climatique. Cette définition n'a pas changé depuis 1990. C'est ce qu'on essaye de modifier avec un accord universel.

On vise 40% de baisse des gaz à effet de serre d'ici à 2050? On en est vraiment loin…

Le changement climatique est un problème complexe qui touche l'ensemble de notre économie, un paradigme de développement. Il ne s'agit pas juste de réduire les émissions mais de changer la façon dont on produit. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. C'est un problème aussi important que la révolution industrielle il y a 150 ans.

Quel intérêt a la Chine à diminuer ses émissions?

Elle a intégré l'idée que le changement climatique fait partie de ses intérêts nationaux. Elle est vulnérable avec la montée des eaux, les sécheresses. Et puis elle a une situation énergétique problématique, elle est dépendante au pétrole. Désormais, elle doit passer à un mode de développement moins intensif en énergie, en émissions.

En quoi Paris 2015 peut être le sommet de la décennie, voire du siècle?

Ce le sera si on établit un accord juridique universel durable, qui se renforce dans le temps avec des cycles de contributions tous les 5 ans. Ce n'était pas le cas avec les accords de Kyoto et Copenhague.

Ne faudra-t-il pas passer en force à un moment si les discussions n'aboutissent pas?

Dans le droit international, les pays sont souverains, il n'y a pas de contraintes. Mais il y a d'autres moyens de mettre la pression. Notamment à travers la transparence et l'action des grands pays qui ont un effet d'entraînement.