Tara révèle une pollution plastique inquiétante en Méditerranée

POLLUTION Le voilier Tara revient d’une expédition de sept mois en mer Méditerranée, à la recherche de la pollution plastique. Les premiers résultats sont accablants…

Audrey Chauvet

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Un prélèvement de micro déchets plastiques réalisé sur le voilier Tara, le 22 novembre 2014 à Lorient. Lancer le diaporama
Un prélèvement de micro déchets plastiques réalisé sur le voilier Tara, le 22 novembre 2014 à Lorient. — A.Chauvet / 20 Minutes

De notre envoyée spéciale à Lorient

Il n’y a plus une seule goutte d’eau de Méditerranée qui ne soit pas polluée par les plastiques. Les premières observations de l’expédition Tara Méditerranée, revenue à son port d’attache de Lorient ce samedi, font peur. Sur les 350 «traits de filet» réalisés par les scientifiques, pas un seul n’est revenu vierge de micro-déchets plastique. «C’est très alarmant, commente Maria Luiza Pedrotti, coordinatrice scientifique de l’expédition. Nous avons trouvé en Méditerranée des concentrations de plastique du même ordre de grandeur que dans le "big garbage patch" du Pacifique Nord: au large de Nice, on atteint 500.000 particules de plastique par kilomètre carré.»

Poisson sauce bisphénol

La pollution plastique vient pour 90% des terres, principalement des grandes agglomérations: Marseille, Naples, Beyrouth figurent parmi les plus gros apporteurs de déchets. Mais les courants favorisent la dispersion de ces plastiques qui se fragmentent en micro-particules et infiltrent tout l’écosystème méditerranéen: «Les baleines et les poissons peuvent les ingurgiter, explique Maria Luiza Pedrotti. Les adjuvants au plastique, du type phtalates ou bisphénol, sont aussi lâchés dans l’environnement: on en a retrouvé des traces dans des biopsies de baleines. Nous allons maintenant chercher à voir s’ils se transfèrent in fine vers nos assiettes.»

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Les micro-particules de plastique sont également un danger pour la santé, car elles servent de radeau à tout type d’organismes, micro-faune, algues, mais aussi virus: «La bactérie Vibrio cholerae, responsable du choléra chez l’homme, peut être disséminée par le plastique auquel elle se colle», alerte Maria Luiza Pedrotti.

Halte aux sacs plastiques

Les analyses qui seront menées sur les 2.300 échantillons collectés par Tara permettront de mieux connaître la composition de ces micro-plastiques, les organismes qui les colonisent et leur impact sur l’environnement. Les quatorze laboratoires impliqués commenceront leurs travaux en décembre et devraient révéler leurs premiers résultats au printemps prochain. D’ici là, les scientifiques qui ont participé à l’expédition espèrent déjà une prise de conscience de la part des politiques, des industriels et des citoyens: «La pollution au plastique peut devenir dramatique en termes sanitaires», estime Stéphane Bruzaud, professeur à l’Université de Bretagne Sud qui mène des recherches sur les bioplastiques. «Il existe aujourd’hui des plastiques oxodégradables, explique-t-il, mais qui ne font qu’accélérer la dégradation sans aller à son terme.»

La seule solution pour que la Méditerranée ne s’étouffe pas dans les sacs plastiques serait d’en limiter l’usage dans les pays côtiers. «L’Europe s’est engagée à réduire de plus de trois quarts l’usage des sacs plastiques à usage unique d’ici à 2025, se félicite André Abreu, responsable environnement et climat de Tara Expéditions. La France doit montrer l’exemple pour que naisse une volonté méditerranéenne de contrôler la consommation de sacs plastiques.» Seule la Corse a aujourd’hui interdit les sacs plastiques à usage unique. Présente à l’arrivée de l’expédition Tara, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal n’a pas manqué de rappeler sa volonté d’étendre la mesure à toute la France: «On peut fabriquer des sacs biodégradables ici dans les entreprises françaises et créer des emplois en réduisant la pollution», a déclaré la ministre.

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Mais il faudra aussi se pencher sur les fibres textiles qui sortent de nos machines à laver, les emballages qui ne sont pas recyclés et la pollution des eaux fluviales qui terminent à la mer. D’après une étude d’Eco Emballages, sur le million de tonnes d’emballages plastiques mis sur le marché chaque année en France, seulement un sur cinq est recyclé et seuls 15% des centres de tri sont équipés pour trier les flux de plastiques. Un appel à projets a été lancé par l’éco-organisme pour moderniser les centres de tri et actualiser les consignes auprès des particuliers.