L'Arctic Sunrise de Greenpeace mis sous séquestre en Espagne

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Le navire de Greenpeace Arctic Sunrise sur le port de Beverwijk, aux Pays-Bas, le 9 août 2014
Le navire de Greenpeace Arctic Sunrise sur le port de Beverwijk, aux Pays-Bas, le 9 août 2014 — Remko de Waal ANP

Le navire Arctic Sunrise de Greenpeace, arraisonné il y a un an par les autorités russes, a été mis sous séquestre mardi à Arrecife (Lanzarote) par les autorités espagnoles pour s'être approché d'un navire de la compagnie pétrolière Repsol dans une zone d'exclusion maritime, a annoncé l'ONG.

Le navire se trouvait depuis plusieurs semaines au large de l'archipel des Canaries dans le cadre d'une campagne contre la recherche d'hydrocarbures à proximité de ces îles situées dans l'Atlantique, au large du Maroc.

La mise sous séquestre a été décidée alors même que démarrait mardi l'exploration pétrolière dans la zone par la compagnie espagnole Repsol.

Selon le ministère de l'Equipement, une «procédure a été ouverte visant Greenpeace pour n'avoir pas respecté une zone d'exclusion interdisant la navigation et la pêche». Le ministère n'a cependant pas confirmé à l'AFP la mise sous séquestre.

Le capitaine du navire, Joel David Stewart, de nationalité américaine, «ne peut pas bouger tant qu'une caution de 50.000 euros n'a pas été déposée», a déclaré à l'AFP un porte-parole de l'ONG, Julio Barea, comparant l'action des autorités espagnoles à celle du président russe, Vladimir Poutine.

Le navire est bloqué à quai et l'ONG risque une amende de 300.000 euros, selon M. Barea.

Samedi, un incident avait opposé la Marine espagnole et des zodiacs de l'ONG écologiste provenant de l'Arctic Sunrise alors que des militants tentaient de s'approcher du bateau de Repsol, chargé de mener les opérations de prospection qui ont démarré mardi.

Trois embarcations de la Marine ont intercepté les zodiacs en les heurtant à plusieurs reprises, selon des images vidéo diffusées par l'ONG, et une militante italienne a été blessée en tombant à l'eau lors de l'incident.

Le ministère de la Défense avait alors affirmé que Greenpeace avait l'intention d'aborder le navire de Repsol en violant une zone d'exclusion maritime. L'ONG assurait, elle, vouloir uniquement protester de manière pacifique.

Dans un communiqué diffusé dans la soirée, l'ONG a estimé que la mesure prise par le ministère de l'Equipement était «totalement disproportionnée» et avait pour but de «cacher» l'action disproportionnée de la Marine.

«La retenue du bateau est une violation du droit à la défense de l'environnement comme l'a été l'abordage de nos bateaux par la Marine», a aussi réagi le directeur de Greenpeace en Espagne, Mario Rodriguez.

«On ne nous fera pas taire, ni avec des amendes millionnaires, ni par des charges violentes (contre les bateaux ndlr) ni avec des menaces», a-t-il encore ajouté dans un communiqué en s'interrogeant sur l'intérêt du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy «à déployer toute sa force pour défendre les intérêts de Repsol». Le ministère, contacté mardi soir à de nombreuses reprises, n'a cependant pas souhaité donner davantage d'explications.

L'Arctic Sunrise avait été arraisonné puis saisi en septembre 2013 par les autorités russes, jusqu'en juin 2014.

Le navire battant pavillon néerlandais avait été saisi après une action de l'ONG sur une plateforme du géant gazier Gazprom dans l'Arctique russe pour dénoncer les risques d'exploitation d'hydrocarbures dans cette zone aux écosystèmes fragiles.

Les militants avaient d'abord été inculpés par la justice russe pour «piraterie» puis pour «hooliganisme» avant d'être libérés sous caution en novembre 2013.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a approuvé ces prospections dans l'espoir notamment de réduire la dépendance énergétique de l'Espagne alors que Repsol assure qu'une découverte de pétrole dans la zone pourrait potentiellement la faire baisser de 10%. Les ONG et le gouvernement des Canaries craignent de leur côté un impact sur la flore, la faune et le tourisme ainsi que les risques de marée noire.