Qui est le Giec et pourquoi faudrait-il le croire?

CLIMAT Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat a publié ce dimanche la synthèse de son cinquième rapport. Alarmant, mais quel crédit faut-il lui accorder?...

Audrey Chauvet

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Ban Ki-Moon et Rajendra Pachauri lors de la présentation du rapport du GIEC le 2 novembre 2014 à Copenhague
Ban Ki-Moon et Rajendra Pachauri lors de la présentation du rapport du GIEC le 2 novembre 2014 à Copenhague — Niels Ahlmann Olesen Scanpix

Le cinquième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) est tombé comme un coup de semonce: il faut agir dès maintenant contre le réchauffement climatique, qui menace de faire monter la température moyenne du globe de +4°C d’ici à la fin du siècle. Ce rapport, dont la synthèse a été publiée ce dimanche, servira de base aux négociations du prochain sommet des Nations unies sur le climat, à Lima au Pérou en décembre.

Des bourdes et des fuites

Bien qu’il fasse autorité dans les discussions internationales sur le climat, le Giec n’a pas toujours été adoubé par la communauté scientifique. En 2009, les chercheurs du Giec étaient la cible d’un piratage informatique: le «climategate» voulait démontrer que les scientifiques du climat avaient masqué un réchauffement récent des températures pour asseoir leur démonstration d’une hausse globale des températures. Un climatologue britannique, Phil Jones, à la tête de l’unité de recherches visée par le «climategate», avait alors démissionné, non sans rappeler que «[leurs] séries sur les températures mondiales coïncident avec celles de scientifiques totalement indépendants travaillant pour la Nasa ou le National Climate Data Center».

Peu de temps après, nouveau scandale pour le Giec: une erreur dans le quatrième rapport apporte de l’eau au moulin des climatosceptiques. Juste après avoir reçu collectivement le prix Nobel de la paix, le Giec a reconnu s’être trompé sur la date à laquelle les premiers glaciers pourraient disparaître: l’année 2035 n’était étayée par aucun chiffre, mais venait d’un rapport du WWF qui reprenait un article du New Scientist. Le Giec a alors fait amende honorable, rappelant qu’il procédait habituellement en donnant des «fourchettes» et non des prévisions datées.

Consensus sur un «socle commun de connaissances»

Le Giec est ainsi surveillé de très près par tous ceux qui ont intérêt à minimiser le changement climatique. Officiellement, il reste le seul organisme apte à donner une vision des questions climatiques «sans parti pris et de manière méthodique et objective», comme le rappelle le ministère de l’Ecologie français. Mais ses détracteurs lui reprochent une recherche constante du consensus plutôt que du débat scientifique. Pour Jean Jouzel, climatologue français membre du Giec, cette accusation n’est pas fondée: «Quand les scientifiques ne sont pas d’accord, on le dit», assure-t-il.

L’objectif du Giec n’est toutefois pas de faire de la recherche pure et dure, mais de fournir un «socle commun de connaissances» sur lequel il y a bien consensus: les membres des groupes de travail compilent et discutent des dernières recherches mondiales sur le climat et en font une synthèse qui permet d’aboutir à quelques conclusions irréfutables. Ainsi, le quatrième rapport publié en 2007 faisait état d’un consensus «d’un très haut degré de confiance» sur l’origine humaine du réchauffement climatique. «Aujourd'hui, le nouveau rapport du Giec fixe ce niveau de certitude à 95%», a indiqué ce dimanche Christiana Figueres, directrice exécutive de la convention climat des Nations unies. Le Giec aurait-il été mandaté pour crier au loup? Les records de chaleur observés durant l’année 2014 tendraient à démontrer le contraire.