Concentration de gaz à effet de serre: «Ça ne fait que renforcer l’inquiétude»

PLANETE La température moyenne à la surface de la Terre et des océans a gagné 0,85°C entre 1880 et 2012…

Romain Lescurieux

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Le ralentissement de la hausse du thermomètre mondial depuis 10-15 ans, s'il ne remet pas en cause les projections de réchauffement à long terme, est un casse-tête pour les climatologues du Giec qui vont présenter vendredi à Stockholm leur nouvel état des lieux de la planète.
Le ralentissement de la hausse du thermomètre mondial depuis 10-15 ans, s'il ne remet pas en cause les projections de réchauffement à long terme, est un casse-tête pour les climatologues du Giec qui vont présenter vendredi à Stockholm leur nouvel état des lieux de la planète. — Philippe Huguen AFP

Les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère ont atteint les niveaux les plus élevés «depuis 800.000 ans», ont affirmé les experts du Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) dans un rapport de synthèse publié ce dimanche à Copenhague. Conséquence: la température moyenne à la surface de la Terre et des océans a gagné 0,85°C entre 1880 et 2012. Un réchauffement dont la vitesse est inédite.

Pour Olivier Blond, directeur éditorial à la fondation GoodPlanet, le chiffre est évidemment «alarmant» mais vient «malheureusement confirmer d’autres chiffres» comme le taux élevé de CO2 dans l’atmosphère qui joue aussi sur le réchauffement climatique. «Tout ça ne fait que renforcer l’inquiétude», ajoute-t-il. Dans ce contexte, les objectifs environnementaux peuvent-ils être encore tenus?

«Peu de temps»

Les experts ont estimé qu’il restait «peu de temps» pour réussir à maintenir la hausse globale des températures sous le seuil de 2°C, l'objectif de la communauté internationale. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent en effet être réduites de 40 à 70% entre 2010 et 2050, et disparaître d'ici 2100, a jugé le Groupe intergouvernemental, dans la plus complète évaluation du changement climatique publiée depuis 2007.

Ce rapport doit d’ailleurs servir de base scientifique aux responsables politiques dans les négociations internationales qui doivent aboutir fin 2015 à Paris à un accord global. «Ce rapport permet surtout de faire monter la pression sur cet événement en espérant que les politiques se saisissent vraiment du problème», estime Olivier Blond. «Car à terme, beaucoup de gens vont réellement souffrir. Des millions d’habitants seront obligés de déménager comme au Bangladesh ou en Egypte», poursuit-il.

«L’inaction nous coûtera 20 fois plus cher que si nous prenons des mesures»

Les experts ont également tenu à préciser que réduire fortement les émissions mondiales de gaz à effet de serre «n'affectera pas significativement la croissance» Des efforts «ambitieux» de réduction de gaz à effet de serre feraient baisser de 0,06 point le taux mondial de croissance, estimé entre 1,6 et 3% par an au cours du 21e siècle, mais «plus nous attendons pour agir, plus ce sera coûteux», avance le Giec.  

De son côté, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a estimé à l'occasion de la publication du nouveau rapport de référence sur le climat, que «l'action contre le changement climatique peut contribuer à la prospérité économique».

Pour Olivier Blond, il faut agir quoi qu’il arrive. «Oui ça va coûter cher. On peut estimer que de s’engager vraiment contre le réchauffement climatique coûte 1% du PIB mondial. Mais l’inaction, qui engendre des tempêtes et des inondations, nous coûtera 20 fois plus cher que si nous prenons des mesures», affirme-t-il en citant le rapport Stern qui rend compte de l’économie du changement climatique.