Interdiction des sacs plastiques et de la vaisselle jetable: avons-nous vraiment fait un grand pas?

CONTRIBUTION Pauline a choisi de ne plus produire aucun déchet. Cette internaute nous raconte sa démarche depuis plusieurs mois. Elle réagit ce jeudi à l’abandon des sacs plastiques décidé il y a peu par l’Assemblée nationale…

Pauline, contributrice de «20 Minutes», éditée par Christine Laemmel
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Des gobelets en plastique dans un fast-food aux Philippines le 20 juin 2013
Des gobelets en plastique dans un fast-food aux Philippines le 20 juin 2013 — NOEL CELIS / AFP

Comme tous, j'entends depuis quelques jours que les sacs et la vaisselle plastique seront bientôt interdits. Je ne me suis pas vraiment intéressée à cette nouvelle car je ne suis plus concernée depuis que je suis passée au «zéro déchet» (pas de vaisselle jetable et sac réutilisable à tous les étages). Mais quand je suis tombée sur cet article de 20 Minutes, annonçant l’interdiction des sacs plastiques et de la vaisselle réutilisable, deux ou trois petites choses m'ont frappée.

1. Non, Madame Royal, interdire la vaisselle en plastique n’est pas «anti-social»

Ségolène Royal trouve que l'interdiction de la vaisselle jetable est «anti-social» car «les familles en situation de précarité ne jettent pas cette vaisselle mais la réutilisent». Je pense qu'il faut tout de suite arrêter de penser 1/ que les pauvres mangent dans ses assiettes en plastiques et 2/ que le jetable est moins cher que le réutilisable.

Sans rentrer dans des calculs ultra-compliqués, si je considère que je peux me procurer un lot de d'assiettes entre 0 euro (sur les sites de dons) et 5 euros (sur les sites de vente d'occasion ou chez Emmaüs par exemple) contre environ 2 à 4 euros le lot de 50 assiettes en plastiques, on ne peut pas dire qu'il est plus rentable d'acheter des assiettes jetables. Et ce même si on parvient à les réutiliser plusieurs fois. 

2. Où sont les solutions pour agir en amont sur la réduction des déchets?

Parmi les autres propositions adoptées par l'Assemblée, nous avons la création d'un chèque énergie pour les ménages modestes, le développement des véhicules électriques, le recyclage des déchets, la lutte contre «l'obsolescence programmée» des produits. 

Bien mais à aucun moment je ne vois de solution visant à réduire en amont les déchets, par exemple: interdire le suremballage, taxer les entreprises en fonction du packaging de leur produit, obliger les commerces à mettre à disposition des sacs en tissu payants, obliger les grandes surfaces à avoir un rayon vrac ou interdire toute forme de sac jetable (plastique ou autre matériau).

Je fais mes courses dans un magasin bio, certes il n'y a pas de sac plastique et c'est une bonne chose mais il y a autant de sacs en papier jetables utilisés dans ces magasins que de sacs plastiques dans les supermarchés traditionnels. 

3. Les «faux recyclables» vont se développer

J'ai peur des effets pervers de cette demi-mesure. Je lis les propos du député EELV Jean-Michel Lambert: «On ne trouvera plus de sacs à usage unique à base de pétrole mais on trouvera évidemment des sacs plastiques compostables qui pourront aller dans un autre réseau que l'incinération». Nous n'allons donc pas réduire les déchets mais seulement les remplacer par d'autres types de déchets.

De plus, vont se développer les «faux recyclables» et «faux biodégradables». Les sacs en papier (de la boulangerie ou des magasins bio et qui devraient arriver un peu partout avec cette loi) sont objectivement recyclables, pourtant un papier trop souillé ne peut pas être recyclé. Pour le compostable et biodégradable c'est pire. Les tests sur ces matériaux sont faits dans des conditions optimales rarement réunies dans la réalité. En d'autres termes, votre sac est peut-être théoriquement biodégradable mais concrètement il passera à l'incinérateur ou en enfouissement comme tout le reste. 

4. Pourquoi pas la solution «zéro déchet»?

Oubliez cette loi et achetez ou créez vous-mêmes quelques petits sacs réutilisables à vie (à glisser dans le cabas que vous avez déjà l'habitude de prendre). Il n'y a que des avantages: pas de surcoût pour le commerçant, bien au contraire. Pas besoin de frais de recherche pour trouver le sac parfaitement compostable. Plus de souci pour le tri et moins de poubelles à sortir pour le consommateur.