L’élargissement du canal de Suez, un boulevard pour les espèces invasives?

ENVIRONNEMENT Le projet pharaonique décidé par le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi pourrait constituer une grave menace écologique, alertent des scientifiques…

Audrey Chauvet
— 
Un cargo maltais sur le canal de Suez, en Egypte, en août 2014.
Un cargo maltais sur le canal de Suez, en Egypte, en août 2014. — Amr Nabil/AP/SIPA

«Un cadeau de l’Egypte au monde»: le nouveau canal de Suez est le projet phare du président Abdel Fattah Al-Sissi pour relancer l’économie égyptienne et reprendre la main sur le nord du Sinaï. Chiffré à 8,5 milliards de dollars, le projet prévoit de construire un second canal parallèle au premier sur une trentaine de kilomètres et d’élargir le canal existant sur une autre portion. Six tunnels, routiers et ferroviaires, devraient également être percés et 75.000m2 de terrains bordant le canal seront dédiés à des activités industrielles. Mais alors que l’Egypte a signé ce samedi des contrats avec six sociétés chargées de mener les travaux jusqu’à la date butoir d’août 2015, des scientifiques alertent sur les conséquences écologiques d’un tel chantier.

Les «rats de mer» menacent la Méditerranée

Dans le quotidien israélien Haaretz, 18 scientifiques spécialistes des écosystèmes marins ont ainsi fait part de leurs inquiétudes pour la mer Méditerranée. Qualifiant cette nouvelle «de mauvais augure», ils ont alerté sur «les divers effets, locaux et régionaux» que cet élargissement est certain de provoquer: le canal de Suez est déjà le chemin favori d’espèces invasives venues de mer Rouge pour rejoindre la Méditerranée. «Sur près de 700 espèces multicellulaires et non-indigènes connues en Méditerranée, plus de la moitié a été permise par le Canal de Suez», précise une chercheuse de l’Institut national d’océanographie d’Haïfa.

Arrivées dans la partie orientale de la Méditerranée, de nombreuses espèces sont en train de gagner tout le bassin méditerranéen: barracudas, poissons-flûte et autres poissons-lapin profitent du réchauffement climatique pour prendre leurs quartiers sur nos côtes. Les scientifiques estiment que la hausse de la température des eaux conjuguée à l’élargissement du canal de Suez pourrait accélérer l’arrivée d’espèces invasives qui menacent l’écosystème existant. Ce sont principalement deux espèces de rats de mer qui inquiètent les chercheurs: ces poissons végétariens «ne rencontrent presque aucune concurrence lorsqu’ils recherchent de quoi se nourrir», explique un scientifique israélien.  Sans prédateurs connus, ils pourraient donc prospérer et avaler de grandes quantités de végétaux marins. La biodiversité méditerranéenne pourrait payer cher l’élargissement du canal de Suez.