Intempéries: prévoir où la «cocotte minute méditerranéenne» va se déverser

© 2014 AFP

— 

Une vue de la Baie des Anges à Nice, le 7 octobre 2014
Une vue de la Baie des Anges à Nice, le 7 octobre 2014 — AFP

Dans le délicat exercice de prédiction des intempéries, toute la difficulté consiste à identifier où la «cocotte-minute méditerranéenne» va se déverser, explique Alix Roumagnac, président de Prédict Services, la société d'expertise météorologique, qui a conseillé les communes sinistrées.

Sur les écrans de cette entreprise, basée à Castelnau-le-Lez, près de Montpellier, la Méditerranée est colorée en brun, entre l'Espagne et la Corse. Preuve que sa température en ce moment, de 27 degrés, va «bien au-delà de la normale».

«Une vraie cocotte minute, probablement en lien avec le réchauffement climatique», assure M. Roumagnac, à la tête de cette société, née en 2006, dont les actionnaires sont Météo-France, Airbus et le groupe BRL, concessionnaire de la Région Languedoc-Roussillon pour l'aménagement du réseau hydraulique régional.

Le concept de Predict, qui fait 3 millions d'euro de chiffres d'affaires, est né en 2003: les éléments s'étaient déchaînés à Cuxac d'Aude en 1999 puis à Sommières (Gard) en 2002.

«Les élus, qui constataient avec dépit les dégâts, se demandaient surtout comment les éviter. Or moi, hydraulicien à BRL, je voyais qu'il y avait des technologies qui pouvaient permettre des anticipations», se souvient M. Roumagnac.

Aujourd'hui, la Banque mondiale fait appel à sa technologie en Haïti, à Abidjan, au Sénégal...

La prévision météo n'est pas une science exacte. Comme l'a démontré le placement en «vigilance rouge» pluies-inondations des départements de l'Hérault et du Gard le week-end dernier alors que les intempéries ont été finalement limitées.

«La décision était justifiée», estime toutefois le spécialiste: «C'est une décision technique et politique. C'est vrai que c'était une première avec autant d'anticipation car le passage en rouge se fait généralement pendant l'épisode. Mais le potentiel de la dépression était tellement fort qu'il méritait le rouge.»

«Le moteur de ces épisodes, il est atmosphérique, le carburant, c'est la température de la Méditerranée. La seule chose que nous ne maîtrisons pas, c'est l'étincelle», explique-t-il.

- Étincelle et mistral -

Pour les météorologistes, la difficulté vient de la différence entre la prévision en amont et l'observation instantanée du phénomène. «A quatre ou cinq jours, on voit le moteur et le carburant, mais on ne sait pas situer l'étincelle qui peut être la température d'un cours d'eau ou d'un étang, voire une colline ou un petit pic comme le Pic-Saint-Loup» dans l'Hérault, analyse M. Roumagnac.

«C'est vrai, cette fois, cette étincelle n'est pas venue. Ou plutôt si: c'était en Ardèche où il est tombé 450 à 500 mm mais dans un endroit sans conséquence», ajoute-t-il.

Dans la salle de vigie de Predict, les 26 ingénieurs hydrauliciens, cartographes, statisticiens, ont tourné pour assurer une alerte active 24 heures sur 24. Leur mission: analyser les cartes de Météo-France en temps réel, les nuages, les orages, les cumuls de pluies et alerter mairies et entreprises.

Lors du premier épisode survenu dans la nuit du 17 au 18 septembre, ils ont recommandé l'évacuation de lieux en amont et en aval de Lamalou-les-Bains. Mais pas dans cette ville thermale de l'Hérault, où quatre curistes ont perdu la vie. La commune n'était pas abonnée, explique M. Roumagnac qui a toutefois cherché à prévenir.

«Il y a plusieurs niveaux d'alerte et de contrat», précise M. Roumagnac, assurant qu'en plus de 600 crises majeures et pour ses 22.000 communes clientes, l'entreprise n'a jamais commis d'erreur. A titre d'exemple, pour les 31 communes de l'agglomération de Montpellier, il en coûte 31.000 euros par an.

Même si le calme est revenu, le risque perdure, prévient aujourd'hui M. Roumagnac. Toujours à cause de la température de la Méditerranée. En novembre 2011, les inondations sur la côte méditerranéenne avaient «comme origine un T.M.S.(Tropical Mediterranean Storm) avec une eau à 29 degrés», rappelle-t-il.

Pour apaiser les éléments pas d'autre solution que le dieu Éole, conclut-il: «Seul un gros coup de mistral et de tramontane, qui fera remonter les eaux profondes, refroidira l'eau et écartera les risques.»