Haute-Savoie: Pour sauver le reblochon, le préfet veut abattre des bouquetins

ENVIRONNEMENT Le préfet de Haute-Savoie veut faire abattre 350 bouquetins pour éradiquer une épidémie menaçant le cheptel bovin…

Audrey Chauvet
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Des bouquetins dans les Alpes.
Des bouquetins dans les Alpes. — SIPA

Pour sauver le reblochon, faudra-t-il sacrifier des bouquetins? Dans le massif du Bargy, en Haute-Savoie, une épidémie parmi les animaux sauvages a poussé le préfet à saisir le Conseil national de protection de la nature (CNPN) pour demander l’abattage total des quelque 350 bouquetins du massif. La crainte des autorités est que cette maladie, la brucellose, ne contamine le cheptel bovin et rende le reblochon fabriqué avec le lait des vaches impropre à la consommation.

Une solution «expéditive» pour les protecteurs du bouquetin

Mais les associations environnementales ne l’entendent pas vraiment de cette oreille et s’opposent depuis plusieurs années à toutes les décisions d’abattage. Pour elles, les animaux sains ne devraient pas être abattus: «325 bouquetins, sur les 600 que compte le massif, ont déjà été décimés l'an dernier, a réagi Jean-Pierre Crouzat, administrateur de la LPO et de la Frapna Haute-Savoie. Il est aberrant d'abattre des animaux sains pour endiguer l'épizootie.»

Pour les militants qui défendent les bouquetins, des tests permettant de faire le tri entre les animaux sains et les animaux malades ou des vaccinations à grande échelle permettraient de tenir les vaches laitières à l’écart de la brucellose. Des scénarios que Georges-François Leclerc, le préfet de Haute-Savoie, juge «soit trop longs soit scientifiquement pas élaborés»: «Il y a 10.000 bouquetins dans les Alpes, nous avons une chance, c'est que seul le massif du Bargy est affecté par l'épidémie. Allons-nous attendre que cette épidémie se propage. Je réponds 'non'!», a déclaré le préfet interrogé par France 3 Alpes.

Assainir, puis réintroduire

Si le préfet est vivement critique par les associations, il bénéficie en revanche de l’appui du ministère de l’Ecologie. En visite dans la région le 6 septembre dernier, la ministre Ségolène Royal s’était déclarée favorable à un «assainissement» du massif du Bargy: «Je souhaite protéger la qualité des productions du terroir donc il faut assainir le massif et nous prendrons les mesures qui s’imposent et que dans un second temps, la réintroduction du bouquetin se fasse sur un territoire assaini», avait déclaré la ministre de l’Ecologie.

D’après les chiffres de la préfecture, 46% des bouquetins du Bargy sont atteints par la brucellose, une bactérie qui s’est développée dans les élevages bovins et s’est ensuite propagée à la faune sauvage qui est devenue le réservoir de la maladie. Les animaux malades sont souvent frappés d’arthrite et ne peuvent pas se reproduire à cause de lésions graves aux organes génitaux. «En 2013, la prévalence de la maladie chez les bouquetins de moins de 5 ans était de 15%, alors qu'en 2014, 50% des bouquetins de cette classe d'âge sont atteints», indique la préfecture de Haute-Savoie.

La hausse du nombre d’animaux contaminés a fait dire à certains scientifiques que les mesures d’abattage prises depuis plusieurs années sont inefficaces pour endiguer l’épidémie. Les fabricants de reblochon, eux, veulent à tout prix éviter de devoir procéder au rappel de fromages contaminés par la bactérie Brucella, comme cela avait été le cas en avril 2012. Deux personnes étaient alors tombées malades après avoir mangé du fromage au lait cru. Aucune contamination n’a été constatée depuis. Espèce protégée réintroduite dans les Alpes depuis les années 1960, Capra ibex pourrait être le bouquetin-émissaire de l’épidémie.