Miguel Cañete, un commissaire au climat un peu trop proche des pétroliers

EUROPE Son audition ce mercredi au Parlement européen pourrait être houleuse…

Audrey Chauvet

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Miguel Cañete, en décembre 2013.
Miguel Cañete, en décembre 2013. — Achmad Ibrahim/AP/SIPA

Peut-on être commissaire européen à l’énergie et au climat et entretenir des relations proches avec de grandes compagnies pétrolières? L’audition, ce mercredi, de l’Espagnol Miguel Cañete au Parlement européen devrait répondre à la question. Désigné pour occuper le poste de commissaire européen au climat et à l’énergie jusqu’en 2019, Miguel Cañete est accusé d’avoir des liens avec de grandes compagnies pétrolières.  

Des participations dans deux entreprises pétrolières

Nommé à la tête de l’action climatique par Jean-Claude Juncker le 10 septembre dernier, l’élu espagnol membre du Parti populaire européen (PPE) a fait l’objet de vives critiques dans son pays: en avril dernier, le journal El Pais l’accusait d’avoir passé sous silence ses intérêts dans l’entreprise Mercantil Petrolifera Ducar pendant ses précédents mandats de député. «Comment lutter contre le changement climatique et prôner un nouveau modèle énergétique quand on a des actions dans le pétrole?», s’était alors indigné Florent Marcellesi, le porte-parole du parti écologiste espagnol.

Quelques propos machistes tenus dans la presse espagnole ont encore aggravé le cas de Miguel Cañete, qui a fini par reconnaître qu’il détenait des participations à hauteur de 2,5% dans deux entreprises pétrolières, Petrolifera Ducar et Petrologis Canarias, pour un montant évalué à 326.000 euros. Sous le feu des critiques au lendemain de sa nomination au commissariat à l’énergie, Miguel Cañete a annoncé le 16 septembre dernier qu’il allait céder ses participations dans les deux entreprises pétrolières. Mais les Verts européens évoquent maintenant la femme et les beaux-frères de Miguel Cañete qui sont actionnaires ou siègent au sein des deux firmes.

Une manifestation avant l’audition

Dans une tribune publiée par Le Monde ce mardi, un collectif de députés européens, parmi lesquels Eva Joly et José Bové, appelle à nommer un autre commissaire à l’énergie et au climat: «Est-il possible qu'une personne étroitement liée au secteur pétrolier et censée mener à bien la lutte au nom de l'Union européenne contre le changement climatique puisse offrir "toutes les garanties d'indépendance" alors que la charte de bonne conduite des commissaires vise explicitement les intérêts familiaux dans les conflits d'intérêts?», interrogent les députés écologistes.

Dans les réponses aux questions écrites en amont de son audition, Miguel Cañete avait assuré avoir «fait les démarches pour déclarer tous mes actifs et intérêts financiers, mais aussi ceux de ma femme, ainsi que ses activités professionnelles» et avait certifié qu’il n'agirait «jamais dans des domaines en lien avec mon portefeuille dans lesquels je pourrais avoir des intérêts financiers, familiaux ou personnels qui pourraient mettre en doute mon indépendance.»

Auditionné ce mercredi à 18h par le Parlement européen, Miguel Cañete devra sans doute se justifier devant les eurodéputés. Une manifestation à laquelle participeront des organisations écologistes et des eurodéputés, est organisée en début d’après-midi devant le Parlement européen sous le mot d’ordre «Stop Cañete». Si son audition ne convainc pas les eurodéputés, Jean-Claude Juncker devra nommer un autre commissaire à l’énergie et au climat.