Environnement: La couche d’ozone va mieux, mais elle est loin d’être guérie

ATMOSPHERE Selon l’ONU, la reconstitution de cette couche protégeant la Terre est en bonne voie…

Romain Scotto

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Quatre nouveaux gaz fluorés qui détruisent la couche d'ozone, dont trois appartenant à la famille des CFC pourtant bannis depuis 2010, ont été identifiés dans l'atmosphère
Quatre nouveaux gaz fluorés qui détruisent la couche d'ozone, dont trois appartenant à la famille des CFC pourtant bannis depuis 2010, ont été identifiés dans l'atmosphère — Valery Hache AFP

Tel un patient placé sous assistance respiratoire depuis une trentaine d’années, la planète Terre montrerait enfin quelques signes d’amélioration. Le dernier bulletin de santé publié par l’ONU la semaine dernière sur l’état de la couche d’ozone met en avant les effets bénéfiques du protocole de Montréal (1987), dont le but était de limiter l’usage de substances destructrices d’ozone* à l’image des chlorofluorocarbures (CFC). Petit à petit, les trous se bouchent, mais il faudra encore attendre de longues années pour parler de totale rémission.

Pas de reconstitution significative avant 2050. Le but de la communauté internationale a toujours été de ramener la couche d'ozone à son état du début des années 80, quand l’industrie ne faisait pas usage des CFC. La projection la plus optimiste de l’ONU fixe la réalisation de cet objectif à l’horizon 2050. Pour Geir Braathen, responsable scientifique à l'organisation mondiale de météorologie, l’amélioration observée jusque-là «n’est pas énorme». La concentration dans l’atmosphère des composés chimiques destructeurs d’ozone a diminué de 10 à 15%. Le déclin aurait réellement commencé vers l’an 2000, tout en sachant que ces composés chimiques ont une très longue durée de vie dans l’atmosphère. Certains composés comme le CCI⁴, ont tendance à diminuer beaucoup plus lentement que prévu. Dans un monde idéal, en bannissant toute production industrielle et en récupérant tous les résidus de CFC (dans les appareils électroménagers par exemple), la reconstitution de la couche d’ozone progresserait 11 fois plus vite.

Certaines régions de la Terre non concernées. Améliorer l’état de la couche d’ozone est une chose. Boucher tous ses trous en est une autre. Les scientifiques reconnaissent que la plaie béante située au-dessus de l’Antarctique sera particulièrement difficile à colmater avant 2050. «C’est un phénomène saisonner qui réapparaît chaque année, poursuit Geir Braathen. Il commence vers la mi-août et dure jusqu’à novembre». Pendant l’hiver du grand sud, le froid et l’action du soleil accélèrent des réactions chimiques qui détruisent l’ozone. D’où l’apparition régulière de ces trous pouvant atteindre la taille de 30 millions de kilomètres carrés, soit deux fois la superficie de la Russie. Par ailleurs, les spécialistes estiment qu’au-dessus des régions tropicales, il y aura toujours moins d’ozone. Les indices UV seront à l'avenir plus importants qu’aujourd’hui ce qui devrait entraîner une révision de l’échelle de ces indices (de 1 à 11), plus du tout adaptée aux conditions envisagées.

L’urgence du réchauffement climatique. La problématique environnementale serait relativement simple si elle se limitait à la reconstruction de la couche d’ozone. L’urgence concerne le réchauffement climatique, un problème bien distinct du premier qui cible les émissions de gaz à effet de serre dont le CO².  «Les gens confondent les deux sujets, même s’ils peuvent être liés», observe Geir Braathen, spécialiste de ces interactions complexes. En clair, l’augmentation de CO² engendre un réchauffement de la température près du sol. Mais cette même augmentation cause un refroidissement de la stratosphère, ce qui favorise le développement d’ozone à haute altitude. Dans le même temps, certaines substances utilisées pour remplacer celles qui appauvrissent l’ozone sont de puissants gaz à effet de serre, responsables du réchauffement.

* Il faut différencier l’ozone de la troposphère (entre le sol et 10 km d’altitude), et celui de la stratosphère, la couche d’ozone, qui nous protège contre le rayonnement ultraviolet du soleil. Quand on parle de pollution de l’atmosphère à l’ozone, il s’agit d’ozone troposphérique.