Sophie Caillat: «Les vêtements sont un peu le point noir de l’écolo-fashionista»

VOS QUESTIONS Et si vous faisiez une rentrée écolo? La journaliste vous a répondu...

Christine Laemmel

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Sophie Caillat, auteure de «Comment j’ai sauvé la planète»
Sophie Caillat, auteure de «Comment j’ai sauvé la planète» — 20Minutes

[Le chat est terminé]

Une écologie pragmatique et joyeuse, enseignée dès le plus jeune âge, peut nous donner envie de faire le choix de ne pas se gaver et d’en laisser un peu pour les générations futures. C’est la fameuse «sobriété heureuse» dont parle Pierre Rabhi du fond de ses collines ardéchoises et dont je vous parle très différemment dans mon livre.

Pascal: si tout le monde s'y met, on peut encore faire quelque chose mais malheureusement la prise de conscience environnementale tarde à se développer. Vous ne trouvez pas? Il y a tant de gens, de pays, de politiques à convaincre…

Vous avez raison, Pascal, il est tard, peut-être trop tard pour inverser la tendance du réchauffement climatique. Les égoïsmes nationaux risquent de dominer encore le sommet de Paris lors de la COP21 à la fin de l’année prochaine. C’est pourquoi je vous propose de ne pas attendre que les politiques s’y mettent et de commencer par vous-mêmes.

Maître déviant: Franchement, ça veut dire quoi «sauver la planète»? Vous avez sauvé quoi?

C’est de l’humour en écho à l’expression toute faite, et galvaudée, usitée par les écolos -ou plutôt ceux qui veulent ridiculiser l’écologie-. Regardez la couverture du livre, vous conviendrez que la wonder woman le bras levé n’a sauvé qu’elle-même!

Anarchistesaupouvoir: C'est quoi le profil type de l'écolo? Celui-ci n'est-il pas un peu trop féminin, parisien, et jeune? Bref pas forcement majoritaire pour changer la société…

Je n’ai pas fait d’étude sociologique car je pense qu’il n’y a pas de profil-type. De fait, tout le monde devrait être écolo car cela devrait faire partie des bonnes pratiques citoyennes de base.

Ensuite, j’ai remarqué que souvent les femmes développent une sensibilité plus aigüe à l’écologie lorsqu’elles deviennent maman, se mettent alors à acheter des produits bio et à faire plus attention au petit être qu’elles mettent au monde.
 
Les gens qui habitent près de champs traités aux pesticides, ou qui voient la moitié de leur salaire partir en essence, peuvent logiquement développer une sensibilité à l’écologie. Mais il est vrai qu’en temps de crise, les préoccupations économiques (moi, mon porte-monnaie) passent devant les préoccupations environnementales (les autres, la planète), alors que les deux peuvent aussi se rejoindre. 
Si vous avez votre potager, vous avez envie que les tomates qui y poussent soient bonnes et saines. C’est une toute autre démarche que de se nourrir au hard-discount, imbattable sur les prix avec ses tomates d’Andalousie, insipides et bourrées de produits chimiques.

Julie: Pouvez-vous nous raconter une anecdote particulière par rapport aux expériences que vous avez vécues? Qu’est-ce qui a été le plus dur?

Quand j’ai fait la chasse aux produits polluants dans ma salle de bains et que j’ai réalisé qu’il ne restait plus rien d’écolo-compatible, j’ai eu un moment de découragement. Je dois être assez peu douée pour la chimie et ai donc tout raté: le shampooing maison aux oeufs s’est transformé en omelette dans mes cheveux, mon déo à l’eau d’oranger sentait mauvais, mon dentifrice au bicarbonate de soude avait un goût affreux… et j’ai eu peur alors que vie écolo rime avec pas beau. Je suis donc retournée dans mon magasin de cosmétiques bio.

Ron14: Que dois-je faire, sans trop me tracasser, pour avoir un comportement plus responsable dans mon quotidien?

Cher Ron14, ne croyez pas que je sois maîtresse d’école ou chef religieux: vous faites ce que vous voulez et vous ne «devez» rien de particulier.

Seulement, si après avoir lu mon livre, vous avez conscience qu’il n’est pas «normal» de passer Noël sous les tropiques, d’être en t-shirt chez soi l’hiver, de manger de la viande deux fois par jour, etc etc... et que vous pouvez être en meilleure santé en allant travailler à vélo, avoir un mug et une gourde plutôt que de produire 2 à 5 kilos de déchets plastiques par an, que vous pouvez éviter de changer de portable tous les ans, etc etc…, alors j’aurais l’impression d’avoir fait œuvre utile.

Joul: Quel regard aviez-vous de l'écologie avant de traiter ces sujets, et aujourd'hui?

Avant, je pensais que l’écologie c’était pour les autres (les décideurs, les décroissants, les gens qui vivent à la campagne...), maintenant, je pense que c’est aussi pour moi, et pour tous (on peut tous trouver des sources de satisfaction à une vie qui abîme moins l’environnement). 

Journaliste environnement, j’ai pris conscience de la gravite de la situation, qu’on préfère ne pas voir. Ma nature optimiste m’a donné envie de lancer cette entreprise d’application de mes principes à ma réalité quotidienne, et j’ai aussi trouvé les limites de ce qu’on peut faire à l’échelle individuelle. 

Mais nos actions ont aussi valeur d’exemplarité. Quand mes amis me demandent s’ils m’apportent du vin avec pesticides ou du vin naturel, je me dis qu’ils ont au moins compris quelque chose! (Je rappelle que la viticulture représente 20% des pesticides utilisés dans l’agriculture en France).

Marie: Vous avez expérimenté de nombreuses choses. Mais au final que continuez-vous à faire aujourd'hui? Qu'avez-vous abandonné? 

Je continue à trier mes déchets jusqu’à l’absurde: je donne mes épluchures de fruits et légumes aux lombrics qui sont sur mon balcon (dans une boite appelée lombricomposteur, je vous rassure), alors que cela ne me rapporte rien de faire baisser le poids de ma poubelle. 

Je continue de fréquenter la Ressourcerie près de chez moi et je ne suis pas la seule: elle connait un vif succès auprès des gens du quartier qui y déposent ce qu’ils ont en trop et des personnes modestes qui y achètent à très bas coût.

La gourde et la mooncup (coupe menstruelle) font parties de ma panoplie habituelle, toujours au fond  de mon sac.

Je suis venue en vélo et par ce temps ensoleillé, c’était un bonheur.

J’ai arrêté de compenser mes voyages en avion, c’est-à-dire de donner de l’argent à une association qui plante des arbres ou offre un four solaire à une famille en Inde (mais j’essaie de le prendre le moins possible et ne l’ai pas repris depuis l’écriture du livre).

Je mange de la viande deux à quatre fois par semaine, mais seulement si je connais l’éleveur et peut visiter l’exploitation, et je continue de chercher les aliments locaux et de saison.

J’ai fini par changer de smartphone et essaie de débrancher mes appareils la nuit, je suis toujours chez Enercoop (mais n’arrive pas à trouver le temps de m’impliquer plus avant dans la coopérative). 

Je me lave au savon d’Alep et utilise un shampoing solide trouvé à la Biocoop, le vinaigre blanc et le bicarbonate de soude sont en bonne place dans ma cuisine… 

Et surtout, je partage ma vie entre Paris et la Bourgogne, ce qui m’oblige à me déplacer plus souvent (en train), mais me fait du bien!

HenriDeBlof: La sensibilisation à l'écologie doit se faire sur les plus jeunes. Avec à l'école des ballades en pleine nature, des ramassages collectifs de déchets, pourquoi il faut respecter et préserver les espèces... Pourquoi rien n'est fait aujourd'hui en ce sens? Sachant qu'en plus, ces sujets intéresseraient, j'en suis sûr, fortement les élèves.

Bonjour Henri, et merci de rejoindre ce qui est désormais un de mes combats: l’instauration de cours d’écologie à l’école. Bien sûr que tout se joue petit, et personnellement, je raconte dans mon livre avoir eu souvent du mal à expliquer à ma fille «la viande, c’est des animaux morts» ou «tes Barbies sont fabriquées par des enfants chinois»...

L’écologie pourrait être une matière enseignée au collège, tout comme l’éducation civique. Je ne vois pas pourquoi on apprend à nos enfants à devenir des citoyens qui votent et pas des consommateurs responsables! 

Ceci dit, il faut reconnaître que nombre d’enseignants font des efforts pour sensibiliser les enfants à la pollution, à la biodiversité… Mais je suis toujours sidérée de voir que pour les petits  -comme pour les grands d’ailleurs-, la rareté des ressources reste virtuelle. 

Ils agissent souvent comme si le monde était infiniment généreux à leur égard. Je n’ai toujours pas trouvé le moyen de parler d’écologie réelle sans que ce soit synonyme d’annonce de mauvaises nouvelles!

Denis: Bonjour. Je fais la vaisselle à la main. Auriez-vous une idée pour consommer le moins d’eau possible? Ou faut-il vraiment investir dans un lave-vaisselle?

Bonjour Denis, et d’abord bravo car vous ne me posez pas la question classique: qu’est-ce qu’il faut préférer, lavage à la main ou au lave-vaisselle? 

Sur ce point, comme souvent, tout dépend de comment vous faites la vaisselle, ou comment vous utilisez votre lave-vaisselle. Si vous n’utilisez que le mode Eco c’est mieux qu’à la main, mais si vous choisissez un programme qui dure 2h30 je doute que ce soit le cas.

Pour la vaisselle à la main, le mieux est d’avoir deux bacs, donc un peu de place, ou alors vous prenez une bassine: vous y plongez la vaisselle sale, vous la savonnez et l’empilez où vous pouvez. Enfin, et c’est là que vous économiserez une grosse quantité d’eau, vous plongez la vaisselle savonnée dans votre bassine de rinçage.

Emeline: Dans mes activités du quotidien (transports, alimentation, cosmétique, etc.), j'arrive à adopter un mode de vie plus écologique, mais là où je pêche c'est pour l'habillement. Les marques éthiques et écologiques sont très chères et je n'arrive pas à passer le cap de payer un tee-shirt à 30€. Je me tourne alors vers les traditionnels Monoprix ou tente quelques marques qui essaient de faire des efforts (coton bio, lin, etc.). Avez-vous exploré des pistes pour s'habiller mieux sans faire exploser son budget?

Bonjour Emeline,

Et bonjour à tous ceux qui nous suivent en direct. En tant qu’ancienne journaliste à 20 minutes (2005-2008), je suis émue de revoir mes anciens collègues.

Alors, je suis d’accord avec vous, les vêtements sont un peu le point noir de l’écolo-fashionista. 

Il est vrai que le coton est une culture particulièrement consommatrice de pesticides, et que l’impact de notre habillement sur l’environnement est élevé, sans compter toutes les matières synthétiques faites à partir de pétrole. Mais rien ne sert de trop se priver non plus, car je l’ai constaté personnellement: quand on essaie de trop se priver, on «décompense» comme quelqu’un qui serait au régime et soudain se gave. 

Donc, plutôt que de cesser d’acheter des vêtements, solution la plus radicale mais la moins réaliste, je vous donne quelques «trucs» vécus:

- Acheter d’occasion: sur internet, dans les vide-dressings ou auprès des copines, il existe pleins de vêtements très peu portés qui peuvent vous plaire;

- Acheter du coton bio et des matières naturelles: effectivement Monoprix ou d’autres proposent des matières certifiées bio (vérifier que le label est inscrit sur l’étiquette), ou du lin, matière aussi agréable qu’écologique;

- Préférer les vêtements fabriqués en France ou dans l’Union européenne, dont l’impact carbone sera moindre, sans compter les considérations éthiques. 

L’affaire du Rana Plaza, cet immeuble qui s’est effondré au Bangladesh, a, je l’espère, éveillé les consciences sur les considérations déplorables dans lesquelles sont fabriqués la plupart des vêtements des grandes marques comme H&M, Zara, Mango et autres….

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Présentation:

Enfin oser présenter son idée de projet à son chef. Retrouver sa carte d’accès à la salle de sport. Arrêter de dramatiser pour rien. La rentrée de septembre surclasse souvent la nouvelle année calendaire niveau résolutions. Pourquoi ne pas tenter en 2014, la rentrée écolo? Celle où vous commencerez enfin à trier vos déchets, où vous essayerez même de les limiter, et ou vous réussirez à utiliser le vélo plutôt que la voiture. Trop compliqué? Demandez à Sophie Caillat, journaliste planète qui s’est livrée à tout un tas d’expériences pour «écologiser» son quotidien.

>> Vous ne savez pas comment changer vos habitudes sans trop vous casser la tête? Vous voulez limiter votre utilisation d’emballages mais vous ne savez pas par où commencer? Posez toutes vos questions à Sophie Caillat, auteure de Comment j’ai sauvé la planète (Editions du moment). La journaliste était dans nos locaux pour vous répondre.