Côtes d’Armor : La plage de Saint-Michel-en-Grève débarrassée de ses algues vertes

ENVIRONNEMENT La plage n’est pas à l’abri d’un retour des algues vertes, mais cet été en tout cas, elles se sont faites rares. Ce qui s’expliquerait par les efforts engagés par les agriculteurs et les fortes tempêtes de l’hiver…

20 Minutes avec AFP

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Contrairement à l'été 2011 (photo), la commune de Saint-Michel-en-Grèves n'a eu à faire qu'un seul ramassage d'algues vertes cet été.
Contrairement à l'été 2011 (photo), la commune de Saint-Michel-en-Grèves n'a eu à faire qu'un seul ramassage d'algues vertes cet été. — LE SAUX LIONEL/SIPA

Pour la première fois depuis des années, l’été est au rendez-vous à Saint-Michel-en-Grève (Côtes d’Armor): l’immense plage du nord de la Bretagne a été libérée comme par miracle des tonnes d’algues vertes qui l’envahissaient d’habitude à la belle saison.

«C’est une commune qui n’a pas eu de chance, alors qu’elle est charmante, commente son maire Christophe Ropartz. Mais cette année, il y a un monde fou!», alors que châteaux de sable, jeux de ballon et planches à voile ont réinvesti la plage.

Saint-Michel-en-Grève, 470 habitants, partage cette longue plage de quatre kilomètres, «la Lieue de Grève», avec deux autres communes, Tréduder et Trédrez. Mais c’est son nom qui a marqué les esprits, car c’est sur son territoire qu’un cheval est mort, intoxiqué par les algues, à l’été 2009. Le cavalier a failli y perdre la vie et la machine médiatique s’est emballée. Et pour la première fois, l’Etat a semblé prendre la mesure d’une pollution dénoncée depuis des années par les associations écologistes.

«Seulement un petit ramassage début août»

Ces algues vertes, naturelles, ne sont nocives que lorsqu’on les laisse pourrir, car il en émane de l’hydrogène sulfuré à l’odeur nauséabonde, un gaz mortel quand il est respiré à haute dose. D’où la nécessité pour les communes de les ramasser avant qu’elles n’entrent en putréfaction. Habituellement, Saint-Michel «représentait la moitié du ramassage» d’algues vertes en Bretagne, selon Sylvain Ballu, chercheur au Centre d’études et de valorisation des algues (CEVA). «C’était le site d’échouage le plus régulier en Bretagne, avec une période de prolifération très longue, depuis le début du printemps. Mais cette année, on a eu seulement un petit ramassage début août».

Au-delà des efforts au long cours engagés depuis plusieurs années par les agriculteurs, qui adoptent des pratiques davantage en accord avec leur environnement, cette raréfaction est également due aux fortes tempêtes de l’hiver, qui ont favorisé la dispersion des stocks d’algues de l’année précédente, explique M. Ballu.

Mais le site n’est pas à l’abri d’un retour de ces algues, car il réunit toutes les conditions favorables à leur prolifération: une grande baie confinée, aux fonds sableux et une faible profondeur, qui donne une eau plus chaude et apporte aux algues la lumière nécessaire à leur multiplication. Touristiquement parlant, malgré la beauté du site, la commune, qui a compté jusqu’à six hôtels, a été sinistrée par les marées vertes, apparues dans les années 1970. Le dernier hôtel, «l’Hôtel de la Plage», a fermé ses portes il y a un an et demi, déplore le maire.

«Il faut que les efforts continuent et redoublent»

La prolifération des algues vertes est favorisée par l’engrais azoté que les agriculteurs répandent sur leurs champs. Huit bassins-versants bretons sont concernés par des programmes d’action anti-algues vertes, mais tous ne connaissent pas la même dynamique que le bassin qui débouche sur la Lieue de Grève. La mobilisation y a été facilitée par sa taille plus modeste: seulement 170 exploitations agricoles contre plus de 1.500 en baie de Saint-Brieuc.

«C’est une note d’espoir, mais il faut que les efforts continuent et redoublent», considère Jean-François Piquot, porte-parole d’Eau et rivières de Bretagne (ERB), la première association à avoir tiré la sonnette d’alarme face aux marées vertes. «Les gens sont tellement contents, tellement étonnés, qu’ils veulent témoigner de ce plaisir retrouvé», constate Sylvain Ballu. Une obsession pour le maire: «on tape toujours sur Saint-Michel. Les médias montrent toujours des photos d’archives qui nous font énormément de mal. Ce qu’on cherche, c’est simple: qu’on parle enfin des choses positives qui se passent ici. Le week-end dernier, on était 50 kite-surfeurs à évoluer sur la mer. C’était formidable!»