Volcan: «500 millions de personnes vivent près d'un volcan en activité»

INTERVIEW Le vulcanologue Jacques-Marie Bardintzeff répond aux questions de «20 Minutes» sur les volcans, alors que le Stromboli est en éruption…

Anissa Boumediene
— 
Coulée de lune sur la mer et coulée de lave sur le Stromboli, dans les îles Éoliennes en Italie, le 9 août 2014.
Coulée de lune sur la mer et coulée de lave sur le Stromboli, dans les îles Éoliennes en Italie, le 9 août 2014. — Giovanni Isolino AFP

Le Stromboli est en éruption depuis vendredi. Un nouveau cratère s’est ouvert il y a deux jours dans la partie haute du Stromboli, à environ 650 mètres d’altitude, obligeant la municipalité à suspendre les ascensions de touristes, pilotées par des guides mais qui sont quotidiennes sur le volcan. Situé dans les Îles Eoliennes, au nord de la Sicile, le Stromboli est l’un des volcans les plus actifs d’Europe… Jacques-Marie Bardintzeff, vulcanologue et auteur de «Pour les Nuls présente les volcans» (éd. Gründ), dresse pour 20 Minutes un état des lieux de l’activité volcanique dans le monde.

>> Découvrez les photos du Stromboli en éruption

Pourquoi le Stromboli s’est-il réveillé?

Il ne s’est pas réveillé. Le Stromboli est un volcan très actif, l’un des plus actifs au monde même. Il est en éruption quasi continue et crache des bombes incandescentes au moins un jour sur deux. La particularité de l’éruption qui a débuté ces derniers jours vient de la très importante coulée de lave qui se produit.

Le cratère du Stromboli est en forme d’amphithéâtre, avec un réservoir de magma peu profond. Sur l’un des flancs du volcan se trouve la «Sciara del fuoco», ou route de feu, le long de laquelle s’effectuent les coulées de lave. Mais à l’occasion de cette dernière éruption, les vulcanologues qui surveillent le Stromboli se demandent s’il n’y a pas eu un éboulement ou une modification à la surface du cratère. Là où d’habitude le magma s’échappe majoritairement sous forme d’explosions et de projections de lave, dans le cas présent on assiste à une très forte coulée de lave.

Cette éruption est-elle dangereuse?

Elle présente un danger assez modéré. L’accès au Stromboli est très réglementé, les excursions touristiques et les ascensions ont été suspendues par mesure de sécurité. Et il n’y a pas d’habitants près du volcan, donc peu de personnes sont exposées. Il faut cependant surveiller la fameuse «Sciara del fuoco». Si des éboulements se produisent le long de cette route naturelle sur laquelle s’écoule la lave en fusion, cela pourrait provoquer des raz-de-marée, voire des petits tsunamis.

Une catastrophe comme celle de Pompéi ne pourrait plus se produire aujourd’hui?

Une éruption comme celle du Vésuve et qui a recouvert Pompéi pourrait tout à fait se reproduire. On ne peut pas empêcher une éruption volcanique! L’activité volcanique mondiale est stable, on recense environ une cinquantaine d’éruptions par an dans le monde, dont certaines qui peuvent durer. Il a donc toujours plusieurs volcans actifs en même temps dans le monde, qui heureusement font peu de victimes. Mais s’il n’y a pas plus d’éruptions, il y a en revanche plus de monde. Là où il faut agir, c’est sur les conséquences d’un tel phénomène, sur l’anticipation et l’efficacité et la rapidité des procédures d’évacuation. C’est ça le challenge. A ce jour, 500 millions de personnes dans le monde vivent près d’un volcan en activité. Il y a des volcans actifs en Italie, l’Etna est d’ailleurs de nouveau en éruption depuis quelques semaines. En Europe, il y a aussi les volcans islandais, qui ont perturbé les cieux pendant des semaines en 2010. Il y en a aux Antilles, en Amérique latine, aux Philippines, à la Réunion… La capacité des autorités à réagir est primordiale. On dispose de capteurs et de paramètres annonciateurs d’une éruption volcanique, et on note depuis ces trente dernières années de bons résultats en matière de prévision, c’est encourageant.