Les lâchers de ballons, une catastrophe pour l’environnement?

ENVIRONNEMENT Une association a porté plainte contre la mairie de Reims, qu’elle accuse de nuire à l’environnement à cause d’un lâcher de ballons…

Audrey Chauvet

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Un lâcher de ballons en Grande Bretagne, en 2001. Lancer le diaporama
Un lâcher de ballons en Grande Bretagne, en 2001. — AFP/Odd ANDERSEN
  • Les ballons qui retombent dans la nature peuvent causer de graves dégâts à la vie marine
  • Même s'ils sont biodégradables, l'association Robins des bois rappelle que cela n'autorise pas l'abandon de déchets
  • C'est la première plainte de ce type en France

Ils auraient pu faire un feu d’artifice, mais le bilan environnemental n’aurait pas été forcément meilleur: la mairie de Reims a choisi ce dimanche de commémorer le centenaire de la guerre de 14-18 en organisant un lâcher de 2.000 ballons. L’association écologiste Robins des bois, qui milite depuis des années contre ces lâchers qu’elle estime nuisible à l’environnement, a annoncé lundi son intention de porter plainte contre la ville de Reims pour abandon de déchets.

D’après l’association, «des fragments de ces ballons sont retrouvés dans les estomacs des oiseaux, des mammifères marins, des tortues marines et des poissons, et constituent un véritable poison pour eux», a expliqué son président Jacky Bonnemains. Fin 2007, l’association avait ainsi ramassé sur le littoral français des dizaines de fragments de ballons qui venaient se mélanger à la nourriture des oiseaux marins, au risque de les étouffer ou de les empoisonner.

La goutte de plastique qui fait déborder la vase?

Un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), publié en 2009, confirme la présence de ballons dans les déchets marins: les résultats de l’«International coastal clean-up», une opération mondiale de nettoyage des plages encadrée par le PNUE, a ainsi recensé 896.617 restes de ballons en plastique sur les côtes de 132 pays. C’est dix fois moins que la quantité de sacs plastiques retrouvés et c’est infime au regard des quelque 25 millions de mégots de cigarettes retrouvés. Les ballons seraient-ils une goutte d’eau dans la mer? «Non, assure Charlotte Nithart, porte-parole de Robins des bois. Chaque flux de déchets a son importance et même si ce que l’on voit le plus sont les gros déchets, les ballons contribuent insidieusement à la pollution car ils se fragmentent en petites particules qui peuvent être mangées par les poissons.»

D’accord, mais Reims, ce n’est pas précisément au bord de la mer. «Pour les milieux aquatiques, il faut penser en termes de bassins: si on jette quelque chose dans un fleuve, il va se retrouver dans son estuaire», fait valoir Charlotte Nithart. Sans compter que même la faune terrestre peut pâtir des déchets de ballons: «Tous les oiseaux sont concernés, note la porte-parole de l’association, notamment les passereaux et les chouettes qui peuvent ingérer des fragments. On a déjà vu des vaches manger des ballons éclatés, des bouquetins qui se sont empêtrés dans les fils.»

Biodégradable ne veut pas dire jetable

Les fabricants de ballons arguent pour leur part que leur matière est biodégradable. Un argument qui ne tient pas aux yeux de Robins des bois: «Biodégradable mais en combien de temps?, s’interroge Charlotte Nithart. Le ballon, avant de se biodégrader, a le temps d’être mangé ou de piéger un animal. D’autre part, il se fragmente en minuscules morceaux de latex qui sont tout aussi dangereux». L’Ademe a rappelé, dans une fiche technique publiée en décembre dernier, que «l’appellation biodégradable, compostable ou plus généralement dégradable ne peut en aucun cas être prétexte à l’abandon du produit dans la nature».

C’est d’ailleurs sur l’argument de l’«abandon de déchets», interdit par le Code de l’environnement, que Robins des bois compte affronter la mairie de Reims. «Ce sera la première plainte pour ce type de pollution mais nous entendons responsabiliser les autorités et les citoyens pour que cesse cette pratique dangereuse», explique Jacky Bonnemains.