Un an après la crue, Saint-Béat dénonce l'inaction de l'Etat

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A Saint-Beat, des maisons submergées par les eaux dans des inondations sans précédent, le 19 juin 2013
A Saint-Beat, des maisons submergées par les eaux dans des inondations sans précédent, le 19 juin 2013 — Pascal Pavani AFP

Les habitants du village pyrénéen de Saint-Béat et ses environs, qui vivent depuis un an dans la hantise d'une nouvelle crue dévastatrice de la Garonne, ont manifesté mercredi pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme l'inaction de l’État face au danger qui les menace.

A Saint-Béat, localité pittoresque de 400 âmes, chacun reste traumatisé par ce 18 juin 2013 quand, au pic de la crue, la Garonne, gonflée par les pluies et la fonte des neiges, s'est transformée en torrent d'eau et de boue recouvrant les rues sous presque deux mètres, envahissant les maisons et emportant tout sur son passage. Tout le piémont pyrénéen avait été touché par les inondations.

«Quand on a vécu ça, on n'est plus tranquille», dit Jacques Sannier, «on se réveille la nuit, on surveille la hauteur des neiges, la pluie...»

Jacques Sannier vendait des motos à Fos, village voisin également meurtri. Il a perdu trente motos. Son local a été restauré. Mais il n'a pas pu rouvrir son commerce, dit-il, parce que les assurances n'ont pas bouclé leurs dossiers et procédé aux remboursements qui permettraient de redémarrer.

Jacques Sannier faisait partie mercredi de la centaine d'habitants de Saint-Béat, de Fos et d'Arlos venus manifester sous les banderoles proclamant «18 juin 2013 - 18 juin 2014 où sont les travaux ?», ou encore «après la crue, on les a crus».

- 'Rien n'est fait' -

Comme la pharmacienne Véronique Fages, qui a repris il y a trois mois seulement son activité dans ses anciens locaux détruits, «les habitants ne sont pas tranquilles. Ils ont peur, voire éprouvent une certaine psychose».

Pour eux, qui réclament des travaux lourds, l’État français, à la différence des autorités espagnoles de l'autre côté de la frontière voisine où la Garonne prend sa source, n'a rien fait ou pas assez depuis juin 2013.

La venue du président François Hollande en juin 2013 avait fait espérer en la solidarité nationale. Mais «rien n'est fait pour sécuriser la Garonne, à part des études dont on attend désespérément les résultats», dit Véronique Fages.

Il faudrait, dit le maire de Fos Francis Dejuan, nettoyer la Garonne, la curer à certains endroits parce que les sédiments ont fait monter le lit du fleuve, et il faudrait enrocher ses rives.

Dans cet état d'esprit, le maire de Fos et les autres manifestants ont mal pris les propos tenus la veille de cet anniversaire par le préfet Henri-Michel Comet. Pas d'enrochement, pas de canalisation de la Garonne, a redit le préfet mardi.

La politique française n'est pas à l'intervention massive sur les cours d'eau, a-t-il expliqué. Pour autant, il s'est inscrit en faux contre l'accusation d'inertie. Plus de neuf millions d'euros ont été engagés en un an en Haute-Garonne, a-t-il dit.

- La colère monte -

Il a aussi contesté l'ampleur des travaux qui ont été entrepris sur la Garonne du côté espagnol en amont et qui font redouter un fleuve à la puissance redoublée côté français. Il a évoqué l'effort de coordination en cours avec les autorités espagnoles.

Mais les habitants de Saint-Béat se satisfont d'autant moins d'études et de concertations que le secteur souffre économiquement. L’État est, là aussi, montré du doigt.

Ses services ont en effet décidé de ne pas autoriser la réouverture des trois campings du coin, pourvoyeurs de revenus pour les commerces locaux mais situés en zone rouge.

L'administration et les collectivités cherchent un nouvel emplacement. Mais «c'est compliqué», dit le maire de Saint-Béat Alain Frisoni, «on a besoin de beaucoup d'aide. Les pouvoirs publics doivent mettre la main à la poche».

Son homologue de Fos dit avoir reçu récemment une lettre de M. Hollande. Il «me dit qu'il va nous aider pour le camping à hauteur de 25%. Il nous en manque 75 (%)! Pour les travaux sur la Garonne, on est subventionné à 80%. Mais nos communes ne peuvent pas mettre 20% sur des travaux aussi lourds». «C'est à l’État de prendre ses responsabilités», ajoute-t-il avant de prévenir: «On sent un sentiment de colère monter.»