Tara part en Méditerranée étudier les déchets plastiques

PLANETE La goélette scientifique partira le 3 juin de Toulon pour un tour de la Méditerranée…

Audrey Chauvet

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Le bateau Tara Expéditions.
Le bateau Tara Expéditions. — F.Latreille/Tara Expéditions

Faire une croisière en Méditerranée de juin à novembre, voilà un programme plutôt agréable. Mais les scientifiques qui participeront à l’expédition Tara Méditerranée n’auront pas vraiment le temps de bronzer sur le pont: durant leurs 115 jours en mer, ils collecteront un maximum d’informations sur les déchets plastiques flottant dans la grande bleue afin de mieux connaître les impacts des matières plastiques sur les organismes marins.

8 % de la biodiversité mondiale

De Nice à Beyrouth, puis de Tel-Aviv à Tanger, Tara va sillonner tout le bassin méditerranéen: «450 millions de personnes vivent au bord de la Méditerranée, il s’y passe 30 % du trafic mondial et on y trouve 8 % de la biodiversité mondiale, chiffre Romain Troublé, secrétaire général de Tara Expéditions. Les différences culturelles, religieuses et de développement que l’on trouve autour du bassin méditerranéen en font un laboratoire intéressant: si l’on arrive à gérer la Méditerranée, on peut gérer le monde!»

Tara espère sensibiliser les politiques de tous les pays à la nécessité d’améliorer la protection de leur littoral. Et pour cela, la dizaine de chercheurs embarqués, appuyés par les laboratoires associés à terre, va recueillir des micro-fragments de plastique à l’aide de filets spécifiques. «On voit la mer bleue, on se dit que tout va bien et que c’est merveilleux, mais le plastique se fragmente en tout petits morceaux qu’on ne voit pas et qui peuvent modifier durablement les écosystèmes marins», explique Gaby Gorsky, directeur scientifique de Tara Méditerranée et de l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer.

Des impacts sur la santé humaine

«Les plastiques sont des éponges à polluants organiques persistants, dont des perturbateurs endocriniens», poursuit Gaby Gorsky. «Ils s’accumulent et remontent la chaîne alimentaire, des micro-organismes jusqu’aux poissons dans nos assiettes». Grâce aux analyses des communautés microbiennes qui élisent domicile sur le plastique et sont ensuite ingérées par d’autres organismes marins, les scientifiques devraient mieux cerner les risques qui pèsent sur la santé humaine. La cartographie des fragments de plastiques flottants permettra également d’identifier les zones de production de déchets et celles où les courants les portent. «Entre la France et la Corse, on sait que les courants et les vents entraînent tous les déchets plastiques sur la Riviera, entre St Tropez et Gênes», illustre Gaby Gorsky.

Mais si l’on peut nettoyer les plages, il est impossible de nettoyer la mer des micro-déchets qui y flottent. «Il faut faire en sorte qu’on ne mette plus de plastique dans la mer, rappelle Romain Troublé. Cela passe par l’éducation, en apprenant à ne pas jeter ses déchets dans la nature, par le soutien aux collectivités locales en les aidant à gérer leurs déchets et en innovant pour avoir des plastiques vraiment biodégradables». Alors que la Corse a déjà banni les sacs plastique à usage unique de ses grandes surfaces, les membres de Tara espèrent que cette mesure sera généralisée d’ici à 2020 par une directive européenne. «La situation est encore réversible si on arrive à influencer la politique méditerranéenne dans le bon sens», pense Gaby Gorsky.