Commerce équitable: «Mon but est qu’il n’existe plus dans quelques années»

INTERVIEW Le directeur général des cafés Malongo, pionnier du commerce équitable, revient sur le développement de cette forme de commerce alternative à l’occasion de la Quinzaine qui lui est dédiée…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Jean-Pierre Blanc, directeur général de Malongo, en 2012 en République démocratique du Congo.
Jean-Pierre Blanc, directeur général de Malongo, en 2012 en République démocratique du Congo. — Erick Bonnier

Des boîtes de café ornées de photos de paysans colombiens ou mexicains: le consommateur français a maintenant l’habitude de voir ces produits estampillés «commerce équitable» en rayon. Mais si 97% des Français ont déjà entendu parler du commerce équitable, selon le baromètre réalisé en avril dernier par le label Max Havelaar à l’occasion de la Quinzaine du commerce équitable, seuls 44% déclarent acheter ces produits «régulièrement». Pour Jean-Pierre Blanc, directeur général des cafés Malongo et auteur du livre Voyages aux pays du café,  il faut encore informer les Français sur ce que cache le label commerce équitable.

Les produits issus du commerce équitable se démocratisent mais la méfiance reste de mise chez les consommateurs. Pensez-vous qu’elle soit justifiée?

Le consommateur français connaît aujourd’hui le commerce équitable et le label Max Havelaar, mais il est très peu conscient de ce qu’il recouvre. Les Français ont raison d’être méfiants et je pense qu’il faut continuer à les informer sur ce que le commerce équitable représente  en termes d’amélioration des conditions de vie pour les populations locales.

Quels arguments pourriez-vous donner pour convaincre d’acheter des produits équitables?

Le commerce équitable est organisé autour d’une structure, la Fairtrade labelling organization (FLO), et d’un organisme de contrôle indépendant qui procède à des audits dans les coopératives et chez les intermédiaires pour s’assurer que tout ce qui est annoncé est bien la réalité. Tout est contrôlé, que ce soit en termes de prix de revient, car nous nous engageons à payer le café à un prix minium quelque soit les cours, et de primes versées.

Vous travaillez depuis 1992 avec des coopératives agricoles, en quoi le commerce équitable a changé leur manière de travailler?

Nous créons une organisation du travail à long terme pour améliorer les revenus des membres des coopératives et créer un système économique dans la zone rurale concernée. Par exemple, nous apportons un appui technique pour améliorer la productivité en bio, nous les aidons à développer des activités complémentaires comme la torréfaction ou l’écotourisme. En septembre prochain, nous allons inaugurer une école au Laos. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour que les populations puissent rester dans les zones rurales et que les plantations se modernisent.

Quel est le bénéfice pour une marque comme la vôtre de mener ce type d’actions?

Nous demandons aux paysans la meilleure qualité: le consommateur qui accepte de payer un peu plus cher doit retrouver un plus en termes de qualité dans sa tasse, tout en sachant que les producteurs vivront mieux.

Quel avenir espérez-vous pour les produits du commerce équitable?

Il n’y a pas assez de produits labellisés dans l’ensemble des rayons: plus le consommateur verra le label, mieux il le connaîtra. Mais mon but final est qu’il n’y ait plus de commerce équitable dans quelques années: si on va vers un modèle économique différent basé non pas sur la spéculation mais sur le respect du travail avec une régulation des marchés, on n’aura plus du commerce équitable.