Ségolène Royal: «Il faut passer à l’action»

INTERVIEW En visite ce lundi au Muséum d’histoire naturelle, la ministre de l’Ecologie est venue chercher des arguments auprès des scientifiques pour mieux convaincre au gouvernement…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, au Muséum d'histoire naturelle à Paris le 12 mai 2014.
Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, au Muséum d'histoire naturelle à Paris le 12 mai 2014. — A.Chauvet / 20Minutes

Elle a beau avoir déjà usé le bureau du ministère de l’Ecologie, Ségolène Royal arrive humble devant les scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle: «Je suis là pour apprendre», les interpelle-t-elle, avide de connaître les arguments pour «avoir réponse à tout». Alors que le projet de loi sur la biodiversité sera présenté à l’Assemblée nationale le 24 juin prochain, la ministre de l’Ecologie veut mettre tous les atouts de son côté pour ce premier test et pour peser dans la politique du gouvernement.

Le leitmotiv du directeur du Muséum est «Rendre l’écologie populaire». Est-ce aussi le vôtre et comment y parvenir?

Tous les Français doivent pouvoir comprendre, quel que soit leur niveau scolaire, les enjeux de la nature. La démarche des sciences participatives, qui consiste à dire que chaque citoyen peut être un médiateur de la connaissance des phénomènes naturels, pourrait faire de chaque Français le gardien de la nature et l’acteur de sa reconquête. Je vais donc aider le Muséum à diffuser dans toutes les écoles les outils pédagogiques sur l’éducation à l’environnement. Il faut faire comprendre à tout le monde qu’il n’y a pas d’un côté les animaux et les plantes et de l’autre les Hommes. C’est parce qu’on protège la biodiversité que l’Homme vit mieux, y compris en termes de santé.

Rendre l’écologie «populaire», c’est aussi la dissocier de la notion de contrainte ou de taxe?

Je mène un combat contre l’écologie punitive parce qu’il faut que l’entrée dans l’environnement et l’écologie soit toujours positive. Bien sûr, on peut taxer les prédateurs ou appuyer le principe pollueur-payeur, mais pour aller vers des comportements vertueux, il faut donner du plus plutôt que du moins, qui fait que tout le monde se décourage et que plus personne ne bouge. C’est très important que des dynamiques positives l’emportent.

Vous vous êtes montrée assez critique vis-à-vis des trames vertes et bleues durant la discussion avec les scientifiques. Pourquoi?

Parce que j’ai l’expérience locale et je vois qu’on fait beaucoup d’études et qu’on n’agit pas beaucoup. Avec la loi biodiversité, je vais faire en sorte que dans les contrats de plan Etat-régions qui doivent démarrer, on arrête de dire «On ne peut rien faire, les études ne sont pas terminées» comme on m’a déjà dit dans le marais poitevin. On connaît les endroits fragiles, on ne va pas attendre des études qui coûtent cher pour agir et protéger des marais, reconstituer des forêts, faire attention aux zones humides, enherber le bord des rivières…

Ces trames sont une des mesures issues du Grenelle de l’environnement. Vous voulez faire mieux que le Grenelle?

Il faut surtout passer à l’action, parce qu’il y a beaucoup de choses dites dans le Grenelle qui ne sont pas encore appliquées.

Vous avez dit en riant, au sujet de l’impact de l’agriculture sur la biodiversité, que vous vous mêliez de tout. Vous pensez que les autres ministères sont prêts à vous entendre?

Oui, je le pense. Stéphane Le Foll vient d’annoncer la réduction des pesticides en faveur des abeilles, je trouve formidable qu’un ministre de l’Agriculture porte ça. J’ai besoin de soutiens et d’alliés au sein du gouvernement. Il va parfois falloir faire preuve de pédagogie.