Le commerce équitable bénéficie-t-il aussi à l'environnement?

PLANETE Peut-on vraiment avoir bonne conscience en croquant un carré de chocolat équitable?...

Audrey Chauvet

— 

Un producteur de rooibos de la coopérative d'Heiveld, en Afrique du Sud.
Un producteur de rooibos de la coopérative d'Heiveld, en Afrique du Sud. — Alter Eco

C’est bon pour les petits producteurs, c’est bon sous la dent, mais est-ce bon pour l’environnement? Alors que les ventes de produits équitables ont atteint 355 millions d’euros en France en 2013, soit une progression de 9% par rapport à 2012 selon un baromètre réalisé par Max Havelaar à l’occasion de la Quinzaine du commerce équitable du 3 au 18 mai, le bilan carbone de ces produits venus du bout du monde peut laisser sceptique.

Le transport, pas pire que les pesticides

 Créé pour aider les petits producteurs du Sud à obtenir de meilleurs revenus de la vente de leurs productions agricoles, le commerce équitable a amené dans nos rayons des tablettes de chocolat du Pérou, des bananes du Costa Rica ou du thé d’Afrique du Sud dont les emballages vantent les bienfaits pour les populations locales. Mais pour quel coût en carbone? «La plupart des produits équitables ne poussent pas chez nous, rappelle Marc Blanchard, directeur général de Max Havelaar France, le principal organisme de certification. Pour ceux que l’on peut cultiver près de chez nous, comme les fleurs, leur bilan carbone est parfois plus lourd que les roses du Kenya car il faut de l’énergie pour chauffer les serres des Pays Bas.»

Des analyses de cycles de vie des produits équitables ont ainsi montré que le transport, majoritairement par bateau, ne les rendait pas moins écologiques que des produits équivalents produits en France. Certes, le patriotisme économique n’y gagne pas, mais la préservation de l’environnement pourrait nous inciter à préférer du sucre de canne bio à du sucre de betterave produit avec force pesticides. «Plus de 60% des produits labellisés par Max Havelaar ont aussi le label bio, précise Marc Blanchard. Notre cahier des charges interdit l’utilisation d’OGM, limite l’utilisation ou interdit certains pesticides et nous incitons les coopératives à passer au bio en leur attribuant une prime supplémentaire lorsqu’elles obtiennent le label.»

Bio sans le savoir

Pour  Lena, vice-présidente d’une coopérative d’Afrique du Sud produisant du thé Rooibos commercialisé en France par la marque Alter Eco, le label bio coulait de source: «Nous étions bio avant de le savoir, raconte-t-elle. Nous n’avions pas les moyens d’acheter des pesticides et nous cultivions de la même manière depuis des centaines d’années.» En préservant le rooibos sauvage, rempart naturel contre la désertification, les 65 producteurs de «thé rouge», la boisson nationale d’Afrique du Sud, ont contribué à pérenniser leur activité. La prime qu’ils reçoivent sert à financer des ateliers de formation pour améliorer leurs pratiques de culture biologique.

«Un produit équitable importé prendra toujours plus en compte les critères environnementaux qu’un même produit non équitable», assure Marie-Paule Jammet , coprésidente de la fédératon Artisans du monde. A l’arrivée dans les rayons, les produits équitables sont, comme les autres, lestés du poids carbone du transport routier entre les usines de transformation des matières premières et les distributeurs. «Certaines enseignes développent le rail-route, le transport fluvial ou les véhicules électriques», nuance toutefois Marc Blanchard. La balle est donc dans le camp des enseignes de la distribution ou des marques qui, comme Alter Eco, peuvent choisir de compenser les émissions de CO2 de leurs produits par des programmes de reforestation.