Insectes, algues, tofu… Qu’allons-nous manger demain?

ALIMENTATION Oubliez le rumsteck, le futur de nos assiettes est ailleurs que dans les élevages d’animaux…

Audrey Chauvet

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Et l'entomophagie, la consommation d'insectes par l'être humain, est "un marché qui a vocation à exploser".
Et l'entomophagie, la consommation d'insectes par l'être humain, est "un marché qui a vocation à exploser". —

Menu du jour du 30 avril 2050: steak in vitro sauce au grillon ou tofu au jus de spiruline. Si ces plats ne font pas vraiment saliver, ils pourraient pourtant se retrouver dans nos assiettes d’ici quelques années. Confrontée à une menace croissante sur ses ressources alimentaires, la planète cherche de nouvelles ressources pour fournir aux hommes les quelque 2.000 calories quotidiennes dont ils ont besoin pour vivre. Qu’allons-nous manger demain?

Les algues, un potentiel aussi grand que l’océan

C’est la piste la plus sérieusement évoquée par les scientifiques: les algues, et en particulier les micro-algues déjà utilisées pour produire des cosmétiques ou des biocarburants, pourraient devenir une source de protéines non négligeable. Facilement cultivables, très faibles consommatrices d’énergie, les algues présentent un rendement inégalé. Problème, elles ont un goût parfois peu appétissant. Pour les rendre plus agréables au palais, on peut en extraire les protéines et les incorporer dans des boissons ou des aliments: de jeunes entrepreneurs français développent actuellement une boisson à base de spiruline, qui devrait bientôt arriver dans les balnéos et les spas. Pour Pierre Feillet, directeur de recherche honoraire à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et auteur de Quel futur pour notre alimentation?, les algues pourraient surtout servir à fabriquer des aliments pour les poissons d’élevage, évitant ainsi de pêcher des espèces sauvages pour nourrir les saumons en cage.

Les insectes, la force du scarabée

Vous reprendrez bien une petite limace? Les bars à insectes et autres sucettes à la sauterelle ont déjà fait leur apparition, mais attention, les autorités sanitaires françaises n’ont pas encore donné l’agrément à leur consommation. Pierre Feillet, notant que les insectes sont porteurs de parasites et de virus qui rend leur consommation dangereuse, rappelle également qu’il faut manger une cinquantaine de chenilles pour avoir l’équivalent en protéines d’un blanc de poulet. Pas très rentable. «On pourrait peut-être élever des insectes pour en extraire les protéines et en nourrir les animaux», pense l’expert de l’Inra. C’est d’ailleurs la voie suivie par la start-up française Ynsect. Un de ses fondateurs, Alexis Angot, explique que les coléoptères et les diptères, actuellement testés, «pourraient être une alternative intéressante aux farines de poissons».

Les protéines végétales, le tofu fait des petits

Les végétariens les connaissent bien: les protéines végétales, dont le tofu est le représentant le plus connu, sont une alternative aux protéines animales. L’industrie amidonnière cherche à développer de nouveaux produits: le groupe français Roquette est ainsi à la pointe de la recherche sur les protéines de pois, dont la valeur nutritionnelle et le faible impact environnemental pourraient favoriser le développement. «La croissance annuelle des protéines végétales a été en moyenne de 5 % sur les trois dernières années et une croissance de 6 % est prévue sur 2013-2018», chiffre le groupe.

La viande in vitro, la pizza en 3D ou les pilules: la science nous nourrit

De la viande qui pousse dans des tubes à essai, des pizzas imprimées en 3D ou des pilules à avaler toutes les heures: les recherches sur l’alimentation frôlent parfois la science-fiction. Les experts ne misent toutefois pas beaucoup sur ces trouvailles: «Dans l’avenir, le contenu de notre assiette ne devrait pas beaucoup changer, estime Pierre Feillet, mais c’est la technologie agricole et celle de l’industrie agro-alimentaire qui devront changer.» Pour l’expert de l’Inra, il faut aller vers une «agriculture durablement productive» qui n’exclut pas l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM) et la fabrication d’aliments dans des usines, qui prendraient le relais d’une «Terre nourricière» à bout de souffle. Pour d’autres, y compris la FAO, l’agriculture biologique aurait la capacité de nourrir la planète en redonnant vie à une agriculture paysanne raisonnée. Retrouver les topinambours de nos grands-mères ou manger des steaks de protéines reconstituées: difficile de prédire ce que nous aurons dans notre assiette dans trente ans.