Une coccinelle.
Une coccinelle. — Cassino Mark/SUPERSTOCK/SIPA

AGRICULTURE

Des coccinelles à la place des pesticides: Le «biocontrôle» est-il l’avenir de l’agriculture française?

Le ministère de l’Agriculture veut structurer la filière des «bio-alternatives» aux pesticides…

Les coccinelles peuvent-elles relancer l’économie française? Elles peuvent en tout cas aider à booster les entreprises fabriquant des bio-alternatives aux pesticides, réunies ce mardi sous l’égide du ministre de l’Agriculture. Chantre de l’agroécologie, Stéphane Le Foll veut encourager le développement d’une filière française de production de solutions naturelles contre les ravageurs et les maladies des plantes.

Déjà utilisées par les agriculteurs bios, ces méthodes relèvent le plus souvent d’un savoir-faire paysan qu’il convient de «ne plus mépriser», estime Marc Dufumier, agronome et enseignant-chercheur à AgroParisTech. «Il est indispensable de prendre le virage vers des méthodes utilisant par exemple les insectes auxiliaires des cultures, juge-t-il. Mais dans un deuxième temps, il faudrait reconstruire des agro-écosystèmes diversifiés pour que ces insectes trouvent naturellement leur place, par exemple en plantant des haies pour les héberger.»

Confusion sexuelle et coccinelles

De produits composés d’extraits de plantes aux techniques de «confusion sexuelle» visant à freiner la reproduction d’insectes ravageurs par des perturbations hormonales, en passant par les coccinelles qui luttent contre les pucerons et les micro-guêpes qui s’attaquent à la pyrale, la chenille dévastatrice du maïs, de nombreuses manières d’éviter les produits chimiques existent. Toutefois, selon l’Union des industries pour la protection des plantes (UIPP) qui représente les grands laboratoires de l’agrochimie, le biocontrôle ne peut être qu’un «complément» et non une alternative aux pesticides de synthèse: «Face à la diversité des bioagresseurs auxquels font face les cultures et au risque réel d’apparition de résistances, il est nécessaire de maintenir une diversité suffisante de techniques complémentaires», insiste l’UIPP.

Si Marc Dufumier ne partage pas l’opinion des laboratoires, il admet qu’aujourd’hui «l’insuffisance de la recherche en agroécologie» oblige les agriculteurs, même bios, à utiliser des produits comme la bouillie bordelaise qui ont «des effets néfastes sur la microbiologie du sol»: «Il faudra bien trente ans avant que toute l’agriculture française reconnaisse qu’il faut travailler sur le cycle complet des écosystèmes et qu’il vaut mieux minorer les effets des insectes nuisibles plutôt que les détruire.»

Les géants de l’agrochimie lorgnent sur le vert

Ce long chemin vers une agriculture travaillant main dans la main avec la nature passera inévitablement par le développement d’un business auquel les géants de l’agrochimie s’intéressent déjà: alors que l’Association française des fabricants de produits de biocontrôle (Ibma) estime que les produits bios pourraient représenter 15 % du marché de la protection phytosanitaire en France dans trois ans, contre 5 % aujourd’hui, Bayer, Syngenta et Monsanto s’intéressent de près aux petites entreprises à racheter pour conquérir ce marché.

La Confédération paysanne redoute que les quelque 70 entreprises françaises, totalisant 1.500 emplois, ne se fassent «manger par l’agrochimie». Les tenants de l’agroécologie craignent eux que l’on passe à côté d’une refonte en profondeur de notre agriculture, en sortant d’un système intensif pour renouer avec une paysannerie nécessitant «plus de travail humain». «Pour cela, il faudra soit augmenter le prix du produit final, ce qui est le cas du bio aujourd’hui, soit rémunérer les services environnementaux rendus par les agriculteurs», estime Marc Dufumier, qui regrette que malgré les bonnes intentions du ministère de l’Agriculture, c’est aujourd’hui «dans l’illégalité qu’un agriculteur respecte le mieux l’environnement», clin d’œil au viticulteur bio condamné à 500 euros d’amende pour avoir refusé de traiter ses vignes.