Un potager en ville, tendance bobo ou acte politique?

JARDINAGE Sur les balcons des citadins, les aromatiques remplacent les géraniums…

Audrey Chauvet

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Tomates, pommes, fraises: sur le toit de l'école AgroParisTech, des passionnés ont créé un immense potager qui sert de laboratoire pour trouver la meilleure façon de cultiver en ville.
Tomates, pommes, fraises: sur le toit de l'école AgroParisTech, des passionnés ont créé un immense potager qui sert de laboratoire pour trouver la meilleure façon de cultiver en ville. — afp.com

Carottes, choux et plantes aromatiques partent à l’assaut des villes. Des jardins partagés, où les citadins se retrouvent pour bêcher ensemble, aux balcons encombrés de pieds de tomates, les habitants des villes retrouvent le goût de cultiver leurs légumes pour le plaisir ou par souci de manger sainement.

«On sait ce que l’on a dans son assiette»

«Depuis 20 ans que je vis à Paris, j’expérimente des fraises, des cerises, des tomates de toutes les formes sur mes petits balcons, nous raconte l’internaute Nicodico, qui ajoute que son «premier réflexe, au saut du lit, c’est d’aller les regarder pousser!». Que l’on se lance dans des expériences potagères pour «le fun», comme en témoigne un autre internaute, ou parce que, comme Nicodico, on a «le sentiment d’avoir transporté notre petit lopin de campagne en ville», faire pousser des légumes chez soi n’est pas un geste anodin, estime Anne-Laure Charrier, coordinatrice des groupes locaux Colibris, le mouvement citoyen lancé par l’agro-écologiste Pierre Rabhi.

«C’est une façon de se réapproprier son pouvoir de citoyen en choisissant de ne pas donner son argent aux multinationales de la grande distribution ou des semences», explique-t-elle. Même un balcon ou un rebord de fenêtre peut devenir un «acte politique»: «On retrouve le cycle de la vie au fil des saisons, les légumes à leur état naturel avec leurs qualités nutritives. On sait ce que l’on a dans son assiette», ajoute Anne-Laure Cherrier.

Un avis partagé par Jessica, de Marseille: sur sa terrasse «bien exposée», elle cultive laitues, radis, tomates, fraises et «envisage de se mettre aux aubergines et aux courgettes». «Je trouve que le plaisir de manger un légume ou un fruit n’est pas le même quand on sait comment il a poussé», raconte la Marseillaise de 36 ans pour qui cultiver ses légumes est un «hobby» qui «ne vise pas à faire des économies, au contraire, on peut dire que ça me coûte de l’argent, car le matériel est cher et le rendement faible. En revanche, je trouve très agréable de retrouver un peu de verdure tous les jours en ouvrant ma fenêtre. Je pense que j’essaie de combler un manque de nature».

Do it yourself + bio + recyclage: la formule magique pour le business vert?

Mais si pour Pierre Rabhi «Cultiver son lopin de terre, si petit soit-il, est un acte de résistance», la tendance bobo du «grow it yourself» n’a pas tardé à être mise à profit par des entrepreneurs. Ainsi, les jardineries commercialisent de plus en plus de plantes potagères en jardinières petit format, les cours pour apprendre à faire pousser ses légumes fleurissent et des start-up «vertes» se lancent dans les légumes.

Parmi elles, Prêt à pousser a germé dans l’esprit de Romain Behaghel alors qu’il prenait un café: «En voyant que les cafetiers parisiens jetaient des tonnes de marc de café, nous avons pensé qu’il fallait réutiliser cette matière première très riche en nutriments pour fabriquer un produit innovant». C’est ainsi que sont nés les «kits à champignons», des bottes de pleurotes à faire pousser dans le marc de café, vendues 19 euros l’unité. Si le «prix au kilo reste plus cher que chez le primeur», Romain Behaghel espère que les consommateurs seront attirés par l’idée de «ramener de l’émerveillement dans la cuisine».

Pour que les centres-villes deviennent des champs bios, il faudrait les débarrasser des pollutions qui recouvrent les légumes d’une poussière peu appétissante: «En cultivant mes propres légumes, j’ai le sentiment de maîtriser ce que je mange (évidemment, je jardine bio) même si hélas, je n’ai aucune maîtrise sur les gaz d’échappement», regrette Jessica.