Limiter le réchauffement climatique à +2°C, c’est encore possible

CLIMAT Mais il va falloir réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, estime le Giec…

Audrey Chauvet

— 

Le président du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec), Rajendra Pachauri (d) et d'autres responsables du Giec présentant le dernier rapport du Groupe, le 13 avril 2014 à Berlin
Le président du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (Giec), Rajendra Pachauri (d) et d'autres responsables du Giec présentant le dernier rapport du Groupe, le 13 avril 2014 à Berlin — John MacDougall AFP

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) nous a plutôt habitués aux mauvaises nouvelles. Pourtant, le troisième volet du rapport sur les impacts du changement climatique paru ce dimanche laisse entrevoir la possibilité de limiter le réchauffement du climat mondial à +2°C, seuil au-dessus duquel le climat pourrait s’emballer de manière imprévisible. Toutefois, pour rester sous ce seuil, il faudra faire de gros efforts et réduire, d’ici à 2050, les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 %, en agissant en particulier sur le mix énergétique mondial: sans changement majeur et rapide des sources d’énergies, le thermomètre mondial subira une hausse de 3,7 à 4,8°C à l’horizon 2100, préviennent les chercheurs du Giec.

 

Infographie des impacts du réchauffement climatique dans le monde. — IDE

 

 

Changer de sources d’énergie

Alors que les émissions de gaz à effet de serre ne cessent de croître à un rythme de plus en plus élevé (2,2 % par an entre 2000 et 2010 selon le Giec), le monde devrait rapidement revoir sa dépendance au charbon et au pétrole, gros émetteurs de CO2: la production d’énergie représente 35 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, loin devant l’agriculture qui représente 24 % des émissions, l’industrie 21 %, les transports 14 % et le bâtiment 6 %. Les investissements dans les énergies «bas carbone» devraient ainsi tripler, voire quadrupler entre 2010 et 2050 estime le Giec, dont les travaux servent de base aux négociations internationales sur le climat. Ces énergies «bas carbone» sont, d’après le Giec, les renouvelables, le nucléaire et les énergies fossiles associées à une capture et un stockage du carbone, qui sont encore aujourd’hui à un stade expérimental.

En plus d’un tournant vers une production d’énergie émettant moins de CO2, une meilleure efficacité énergétique des bâtiments, des processus industriels et des modes de transports sont incontournables, ajoute le Giec. L’instauration de normes plus contraignantes, la mise en place de taxes basées sur les émissions (taxe carbone) et de marchés du carbone, la réduction des subventions aux énergies fossiles sont d’autres leviers possibles. Les actions de reforestation seront aussi un facteur important pour absorber du CO2 présent dans l’atmosphère, juge les experts du climat.

La volonté politique face aux réalités scientifiques

Ce rapport sera au cœur des négociations de la conférence sur le climat des Nations unies qui se tiendra à Paris en 2015, qui sera peut-être l’occasion de signer un accord ambitieux et contraignant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et financer les actions d’adaptation. Mais si les constats scientifiques sont sans appel, les volontés politiques risquent de rester frileuses. «Ce rapport est très clair sur le fait que nous sommes face à une question de volonté mondiale et non de capacité» à agir pour ne pas dépasser les 2°C, a déclaré John Kerry, secrétaire d’Etat américain, dont le pays ne brille pourtant pas par ses engagements en faveur du climat. Christina Figueres, responsable climat aux Nations unies, a affirmé que «le monde peut encore combattre le changement climatique mais à la condition que les nations soient collectivement plus ambitieuses».

Depuis l’ère pré-industrielle, la Terre s’est déjà réchauffée à une vitesse inédite (+0,8°C) et si la communauté internationale s’est donné comme objectif de ne pas dépasser le seuil de 2°C pour éviter des impacts catastrophiques dans de nombreuses régions du globe, la tendance sera difficile à enrayer.