"Soyez vigilants!" C'est le maître-mot à bord de la vedette où ont embarqué à Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) une cinquantaine de passagers désireux d'observer des cétacés dans leur milieu naturel.
"Soyez vigilants!" C'est le maître-mot à bord de la vedette où ont embarqué à Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) une cinquantaine de passagers désireux d'observer des cétacés dans leur milieu naturel. — Valery Hache afp.com

INTERVIEW

«Il ne faut pas faire de la mer un espace sous cloche»

Fannie Dubois, secrétaire exécutif du sanctuaire Pelagos en Méditerranée, estime qu’il ne faut pas interdire les activités humaines dans les zones protégées…

Entre la Côte d’Azur, la Riviera italienne et la Sardaigne, il n’y a pas que des yachts et des ferries de touristes que l’on croise en mer. On peut aussi tomber nez à nez avec des dauphins, des cachalots ou des rorquals. Créé en 2002, le sanctuaire Pelagos est une initiative conjointe des gouvernements français, italiens et monégasques pour protéger les cétacés qui nagent dans leurs eaux. Fannie Dubois, secrétaire exécutif du sanctuaire, qui donnera une conférence ce mercredi à l’Institut océanographique à Paris, estime qu’il ne faut toutefois pas mettre la mer «sous cloche».

Le sanctuaire Pelagos peut-il préserver des espèces menacées de disparition?

C’est un espace qui est dédié à la protection des mammifères marins et dont l’objectif est de les protéger, ainsi que leur habitat, des impacts négatifs des activités humaines. Nous faisons des recherches sur l’abondance et la santé des cétacés, notamment sur le taux de pollution présent dans leurs tissus, et nous œuvrons pour que des lois réduisent les menaces qui pèsent sur eux.

Quelles sont ces menaces?

Il y a des menaces directes comme les collisions, les prises accidentelles de dauphins dans les filets des pêcheurs, ou les sorties touristiques durant lesquelles les bateaux suivent les dauphins et les perturbent. Il existe aussi des menaces indirectes, comme la pollution venant de la terre, les rejets en mer, les plastiques qui s’y dégradent et, plus largement, le réchauffement climatique qui réduit les stocks alimentaires et les zones d’habitat des poissons.

Comment peut-on réduire ces menaces?

Par exemple, un arrêté ministériel français de 2011 établit la liste des mammifères marins protégés et interdit toute perturbation intentionnelle et encadre l’activité de «whale watching». En Italie, les compétitions de course d’engins à moteur rapide sont interdites dans les eaux du sanctuaire. Nous travaillons sur des outils et des conseils pour le trafic maritime car il y a un gros problème de collisions avec les cétacés: c’est la première cause de mortalité du rorqual commun en Méditerranée. Toutefois, il ne faut pas faire de la mer un espace sous cloche mais au contraire concilier le développement d’activités socio-économiques et la protection des mammifères marins. Par exemple, il existe maintenant un code de bonne conduite destiné à toute personne qui veut aller voir les cétacés en mer: il faut rester à au moins 100 mètres de distance, naviguer parallèlement à eux et non pas les suivre…