Vincennes: Les animaux s’acclimatent à leurs nouveaux enclos

ANIMAUX Avant la réouverture du parc zoologique le 12 avril, les nouveaux pensionnaires prennent leurs marques…

Audrey Chauvet

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Vue du grand rocher du parc zoologique de Vincennes.
Vue du grand rocher du parc zoologique de Vincennes. — AFP PHOTO / JOEL SAGET

C’était la première fois qu’il voyait Vincennes: Néro, le lion fraîchement arrivé de Montpellier, a sorti le nez de sa loge pour la première fois ce jeudi. Comme lui, les quelque 1.000 animaux de 180 espèces différentes qui peupleront le parc zoologique de Vincennes entièrement reconstruit arrivent au fur et à mesure et sont l’objet de toutes les attentions des soigneurs pour qui la période d’acclimatation est cruciale.

Prendre possession des lieux en douceur

«Certaines erreurs peuvent être irréversibles», prévient ainsi le vétérinaire Alexis Lécu. «Il est important de ne pas griller les étapes: les animaux sont d’abord installés dans une loge, on leur laisse le temps de prendre connaissance de leur milieu, de repérer l’endroit où l’on mange, où l’on dort, puis on étend progressivement leur territoire en leur laissant toujours la possibilité de revenir en arrière pour se réfugier.» Si les animaux de Vincennes sont tous nés en captivité, le changement d’enclos ou de climat peut les perturber. Ainsi, la meute de cinq loups mâles arrivée des Pays-Bas est restée un bon moment dans sa loge avant de s’aventurer au-dehors. «Il a fallu presque un mois d’adaptation, mais aujourd’hui il n’y a qu’à les appeler pour qu’ils rentrent», explique Alexis Lécu.

Loin de vouloir en faire des animaux domestiques, les soigneurs doivent tout de même gagner la confiance des nouveaux arrivants. «Il leur faut le temps d’associer le soigneur à quelque chose de positif, la nourriture ou les soins», poursuit le vétérinaire. Pour leur faciliter la tâche, les équipes de Vincennes peuvent compter sur des innovations dans les enclos: Delphine Rouillé, primatologue, explique que les systèmes de tunnels de contention pour les singes évitent de devoir les capturer ou leur «courir après» pour leur administrer les soins nécessaires. «Cela réduit leur stress», explique-t-elle. Alexis Lécu renchérit: «Rentrer les animaux au fouet ou en les poussant, cela n’existe plus».

Le bien-être de l’animal avant tout

Dans les zoos modernes, le bien-être de l’animal prévaut. C’est dans cette optique que Vincennes a réaménagé son parc, en installant chaque animal dans un cadre correspondant à son milieu naturel, quitte à se séparer des éléphants et des ours qui ne pouvaient être accueillis dans de bonnes conditions. Les autres ont gagné au moins une étoile dans leurs conditions d’hébergement: les singes ont vu leurs enclos rehaussés jusqu’à 8 mètres de haut pour pouvoir grimper à leur guise dans les arbres et les lions pourront se dorer au soleil sur un faux rocher chauffant. Dans la grande serre tropicale, les oiseaux volent en liberté tandis que les girafes, stars de Vincennes, pourront gambader dans un espace trois fois plus grand qu’avant les travaux. Une potence permettra au lion de déchiqueter ses morceaux de viande comme dans la savane pendant que les loups pourront connaître le plaisir de la pêche dans le bassin de leur enclos.

Le 12 avril prochain, les otaries, manchots, loups, lions, girafes et babouins seront fin prêts pour accueillir près de 1,5 million de visiteurs par an. Les pré-ouvertures au personnel du Muséum national d’histoire naturelle, aux partenaires et aux journalistes les accoutument déjà au déclic des appareils photos et aux bavardages humains. «Se demander si les animaux sont heureux en zoo, c’est anthropomorphique, note Alexis Lécu. Pour nous, l’important est qu’ils expriment le même comportement que celui qu’ils auraient dans la nature. Il faut pour cela faire vivre en permanence l’environnement de l’animal en complexifiant son accès à la nourriture par exemple ou en réorganisant les enclos pour créer de nouveaux trajets. C’est cela la grande part de notre devoir vis-à-vis d’eux.»