Un girafon et quatre lions: Pourquoi le zoo de Copenhague euthanasie les animaux?

ANIMAUX Après avoir euthanasié un bébé girafe en février, le zoo danois a abrégé l’existence de deux lionceaux et deux lions adultes…

Audrey Chauvet

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Le girafon Marius mis à mort et autopsié par un vétérinaire en public au zoo de Copenhague, le 9 février 2014
Le girafon Marius mis à mort et autopsié par un vétérinaire en public au zoo de Copenhague, le 9 février 2014 — Kasper Palsnov Scanpix

La liste noire s’allonge: après Marius, le girafon, euthanasié début février et dépecé en public, le parc zoologique de Copenhague a mis fin ce lundi à la vie de deux lions adultes et deux lionceaux âgés de dix mois. L’émotion est vive chez les défenseurs des animaux, mais le zoo justifie ses actes par la gestion des espèces en captivité.

Marius, un an et demi, girafon en parfaite santé, a ainsi été abattu le 9 février dernier en raison de ses gènes: pour éviter la consanguinité entre les girafes des parcs zoologiques européens membres de l’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA), le zoo a préféré éliminer l’animal plutôt que de le castrer. Il en va du même principe pour les lions abattus: plutôt que de les empêcher de donner naissance à des petits qui ne pourront pas être échangés avec d’autres parcs, le zoo de Copenhague a préféré laisser faire la nature quitte à se débarrasser par la suite des animaux «en surplus».

Eviter la consanguinité

Cette vision «naturaliste» est loin d’être partagée par tous les zoos européens: «Les zoos danois préfèrent conserver des groupes sociaux proches de ceux que l’on trouve dans la nature pour le bien-être des animaux, explique Michel Saint-Jalme, directeur de la Ménagerie du Jardin des Plantes à Paris. Dans le cas des lions, le groupe est composé d’un mâle, de plusieurs femelles et de leur descendance. Ils les ont laissé se reproduire mais ont dû les euthanasier quand ils ont approché la maturité sexuelle.»

L’arrivée prochaine d’un nouveau lion adulte, doté de gènes plus rares, dans le parc danois explique ainsi la fin de la lignée actuelle. «Les zoos ne vont plus dans le milieu naturel chercher des animaux donc ils doivent avoir une gestion génétique des populations pour éviter la consanguinité et conserver le potentiel d’adaptation des animaux au milieu naturel, précise Michel Saint-Jalme. On fait ainsi en sorte que les gènes des animaux fondateurs de lignées soient également répartis dans la population captive. Pour ceux qui sont surreprésentés, soit on fait en sorte qu’ils ne se reproduisent plus, soit on trouve un zoo pour les accueillir». Et, si comme dans le cas des lions et de la girafe de Copenhague, aucun autre parc zoologique n’a la place d’héberger les animaux, il ne reste plus que l’euthanasie comme issue.

Deux visions de la «nature» en captivité

A la Ménagerie du Jardin des plantes, on privilégie la contraception, quitte à aller «contre» la nature: «Notre couple de panthères longibandes nous a donné deux petits pendant trois années d’affilée, raconte Michel Saint-Jalme. Le coordinateur de l’espèce nous a indiqué qu’après ces portées, les gènes de la femelle seraient surreprésentés dans les zoos européens et que nous ne trouverions plus de place pour eux. Nous avons donc choisi de poser un implant contraceptif à la femelle. On pourrait considérer que nous nuisons ainsi à son bien-être.»

Deux conceptions de la «nature» en captivité s’opposent donc. La vision danoise a trouvé sa traduction parfaite dans le destin de la carcasse du girafon: sa viande a été donnée aux lions parce qu’ils en «mangent également dans la nature», s’est justifié le zoo. Foin de sensiblerie, c’est la loi de jungle qui règne. Michel Saint-Jalme n’est pas du même avis: «L’éthique des parcs zoologiques devrait être en relation avec l’éthique de la société. En France, l’euthanasie des animaux à des fins de gestion est perçue négativement et notre devoir est de respecter nos visiteurs et notre personnel», estime le directeur de la Ménagerie, qui dit avoir entendu ses vétérinaires s’indigner entre eux des agissements du zoo danois. La réunion annuelle des directeurs de parcs zoologiques européens devrait relancer ce débat déjà houleux: sur les trois jours de réunion prévus fin avril en France, la moitié est consacrée à la gestion génétique, «à la suite de l’affaire du girafon», commente Michel Saint-Jalme, qui espère qu’une politique commune sera décidée à la suite de ces débats.