Sortir du diesel pour réduire la pollution, un voeu pieux

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Une voiture passe devant un graffiti "le diesel tue" sur les berges de Seine à Paris
Une voiture passe devant un graffiti "le diesel tue" sur les berges de Seine à Paris — Anthony Lucas AFP

Pressé par le pic de pollution, le gouvernement a timidement relancé la question de la prédominance du diesel dans le parc automobile, un sujet sur lequel il s'est déjà cassé les dents.

Le ministre de l’Écologie Philippe Martin a annoncé ce week-end vouloir rencontrer «bientôt» Renault et PSA Peugeot Citroën pour parler de leur stratégie industrielle en terme de diesel. Les constructeurs automobiles français sont en effet les champions de ce type de motorisation, encouragés par une fiscalité du gazole plus avantageuse que celle de l'essence, qui remonte aux années 1960.

Résultat, le diesel a représenté 67% des ventes de voitures neuves l'an dernier dans l'Hexagone, selon le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA). La part «diesel» de l'ensemble du parc automobile français était de 61,3% au 1er janvier 2013, selon ses derniers chiffres disponibles. Elle était inférieure à 10% en 1990 et faisait jeu égal avec l'essence en 2007.

Pas sûr pour autant que le gouvernement s'attaque frontalement à l'avantage fiscal accordé au gazole, dont les taxes sont inférieures d'environ 20 centimes par litre. Le diesel n'est pas «l'élément prioritaire», a insisté le ministre lundi.

«Je rencontrerai les constructeurs dans les semaines qui viennent pour parler globalement de stratégie industrielle», a-t-il ajouté. Mais pour lui, «en aucune façon» la question de la lutte contre la pollution «ne saurait se résumer à celle sur la fiscalité du diesel».

«C'est une bonne idée. Les constructeurs ont des propositions constructives à faire», a estimé le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg.

Si Philippe Martin se montre prudent, c'est que toutes les tentatives faites jusqu'à présent pour s'attaquer au diesel ont échoué. Le sujet a encore provoqué une crise au sein du gouvernement entre socialistes et écologistes à l'automne dernier. La baisse de l'avantage fiscal du diesel en 2014 avait été abandonnée par le gouvernement malgré les critiques des écologistes. Depuis, le sujet a disparu des discussions au sommet de l’État.

La nouvelle «contribution climat énergie», souvent rebaptisée «taxe carbone», entraînera bien une hausse un peu plus élevée de la fiscalité du gazole que celle de l'essence (+2,4 centimes et +2 centimes respectivement) au 1er avril 2015, mais la réduction de l'avantage fiscal sera infime.

- 'Manque de courage politique' -

Avant le gouvernement de François Hollande, celui de Nicolas Sarkozy avait testé dans quelques agglomérations des «zones d'action prioritaires pour l'air», mais l'expérience a tourné court. Cette mesure s'était heurtée au fait qu'elle touchait au premier chef les possesseurs de vieilles voitures roulant au diesel, qui n'ont pas les moyens d'en acheter une neuve.

«Il y a eu un manque de courage politique, aussi bien de la part de la gauche que de la droite», dénonce la députée européenne Corinne Lepage. «Toucher au diesel, c'est toucher à l'industrie automobile», c'est-à-dire à un secteur qui revendique plus de deux millions d'emplois directs et indirects, rappelle l'ancienne ministre de l'Environnement dans le gouvernement Juppé, qui avait fait adopter en 1996 une loi sur l'air.

Même si la mise en place lundi de la circulation alternée en Ile-de-France a permis de faire baisser les niveaux de pollution, «il faudra mettre en place une vraie politique de réduction de la pollution atmosphérique», poursuit l'élue.

Le lobby automobile se défend en rappelant que le diesel pollue moins qu'avant. En effet, les moteurs récents émettent de moins en moins de particules, grâce à l'apparition de normes européennes dans les années 90. Mais ceci a un effet pervers: l'installation de certains filtres à particules associés à un catalyseur a entraîné une hausse des émissions d'oxyde d'azote (NO2), qui «induit des effets toxiques sur le système respiratoire», alertait en 2009 l'Agence française de sécurité sanitaire (Anses).

Autre argument invoqué par l'association 40 millions d'automobilistes: «Seule une infime partie du parc automobile français est émettrice de particules fines.» Or les véhicules diesel les plus polluants, ceux d'avant 2000, représentaient encore environ 12% du parc en circulation en 2012, selon le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa). Et des véhicules sans filtre à particules se vendaient encore en France il y a trois ans.