VIDEO. Pic de pollution: Les mesures sont-elles réellement efficaces?

PLANETE Alors que l’Ile-de-France et trente autres départements sont touchés par des alertes maximales à la pollution aux particules, les mesures de lutte sont-elles efficaces?...

Audrey Chauvet

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Illustration de la pollution à Paris jeudi 13 mars 2014
Illustration de la pollution à Paris jeudi 13 mars 2014 — Christophe Ena/


 

Le ciel de Paris était encore bien gris ce vendredi matin. Malgré la gratuité des transports en commun en Ile-de-France de vendredi à dimanche, les automobilistes ne se sont pas tous convertis au RER ou au Vélib’. Alors que la concentration de particules fines a atteint 100 mg/m3 jeudi à Paris selon Airparif, les mesures prises pour lutter contre le pic de pollution sont-elles réellement efficaces?

Gratuité des transports en commun, des Vélib’et Autolib’

Selon la mairie de Paris, la gratuité des vélos et voitures électriques en libre-service a été «plébiscitée par les Parisiens»: mercredi, au premier jour de la mise en œuvre de la mesure, la mairie annonçait «une augmentation de 46% des parcours réalisés en Autolib’et de 72% du nombre de locations de Vélib’ par rapport à jeudi dernier». On ne dispose pas encore d’informations sur la fréquentation des transports en commun en Ile-de-France ce vendredi, mais il sera difficile de mesurer le nombre de voitures «évitées» grâce à cette mesure.

«On sait très bien que la plupart des utilisateurs de transports en commun sont abonnés. La gratuité est un cadeau pour ceux qui d’habitude polluent!» s’indigne Demba Diedhiou, chef de mission transport et mobilité durable chez France nature environnement (FNE). «C’est une mesurette», estime également Fabrice Michel, porte-parole de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT), qui plaide pour la mise en place de péages urbains, le développement des transports en commun en site propre et le fret ferroviaire pour éviter l’entrée de poids-lourds dans les villes.

Réduction de la vitesse des voitures et circulation alternée

En Ile-de-France, la vitesse autorisée sur les routes a été abaissée de 20km/h, y compris sur le périphérique. Une mesure encore peu respectée: la préfecture de police a relevé jeudi 10.152 infractions aux mesures anti-pollution dans l’agglomération parisienne dont près de 98% concernaient les contrôles de vitesse. Mais même si elles étaient strictement appliquées, les limitations de vitesse n’auraient pas un effet énorme sur la pollution, selon une étude réalisée par l’Ademe en 2012: sur les voies rapides, une baisse de 10km/h permet de réduire de 20% les émissions de particules fines, mais en-dessous d’une vitesse moyenne de 80 à 90km/h, l’effet est moins flagrant. Ainsi, passer de 50km/h à 30km/h en ville aurait un effet moins bénéfique que de fluidifier le trafic pour éviter les accélérations et les démarrages.

Quant à la circulation alternée en fonction des numéros d’immatriculation, rendue possible par un arrêté interpréfectoral d’octobre 2011 en cas de pic de pollution, elle n’a pas été mise en œuvre ces derniers jours. Lors d’un précédent épisode en 1997, elle avait pourtant permis de réduire de 20% le trafic à Paris et sur le périphérique et de faire baisser de 15% les émissions de dioxyde d’azote. Cette mesure «impopulaire» devrait être «la contrepartie de la gratuité des transports publics», estime Demba Diedhiou.

Des mesures à long terme

Si les mesures prises en urgence ne sont pas inefficaces, elles sont insuffisantes, estiment tous les observateurs. «Il faudrait réaménager le territoire, qui donne une part trop importante à la voiture, juge Demba Diedhiou, et donner plus de place aux transports collectifs, aux cyclistes ou à l’autopartage.» Faciliter le covoiturage, notamment en mettant en place des plans de déplacement au sein des entreprises, ou développer le télétravail serait un moyen de rationaliser les déplacements et d’éviter ceux qui ne sont pas indispensables.

L’Ademe planche pour sa part sur les zones d’actions prioritaires pour l’air, les «Zapa» qui avaient été enterrées en 2012 par le gouvernement. «Cela consisterait à interdire l’accès à certaines zones aux véhicules les plus polluants, notamment les diesels, explique Gilles Aymoz, chef du service qualité de l’air à l’Ademe. Cette mesure a montré son efficacité à Londres et Berlin, où le nombre de jours de dépassement des seuils de pollution a diminué sensiblement.» A Paris, la zone devrait s’étendre jusqu’à l’A86 pour être efficace, mais Gilles Aymoz estime qu’avec de «bonnes mesures d’accompagnement pour réduire le besoin de déplacement», les Zapa seraient plus facilement acceptables par les automobilistes. La mesure risque toutefois, comme la taxation du diesel ou l’écotaxe, de suffoquer sous les protestations des usagers de la route.