Fukushima: Trois ans après, la radioactivité flotte toujours dans l’océan Pacifique

PLANETE Les fuites d’eau radioactive de la centrale nucléaire japonaise dans l’océan Pacifique pourraient avoir des conséquences durables…

Audrey Chauvet

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Une nouvelle fuite d'eau contaminée a été constatée sur la partie supérieure d'un des nombreux énormes réservoirs installés à la centrale accidentée de Fukushima, a annoncé jeudi l'opérateur, Tokyo Electric Power (Tepco).
Une nouvelle fuite d'eau contaminée a été constatée sur la partie supérieure d'un des nombreux énormes réservoirs installés à la centrale accidentée de Fukushima, a annoncé jeudi l'opérateur, Tokyo Electric Power (Tepco). — Tepco

Depuis le 11 mars 2011, les employés de Tepco tentent de colmater les brèches. Trois ans après le tsunami qui a dévasté la centrale nucléaire de Fukushima, au Japon, le danger n’est plus dans l’atmosphère, comme il pouvait l’être après la catastrophe de Tchernobyl, mais dans les fuites d’eau radioactive qui continuent à se déverser dans l’océan Pacifique.

Des crustacés contaminés pour «des dizaines d’années»

Après la fusion des cœurs de trois réacteurs nucléaires et la perte du refroidissement de plusieurs piscines de stockage des combustibles usés, les tentatives d’arrêt à froid des réacteurs ont obligé Tepco à injecter de l’eau en grande quantité pour en faire baisser la température. Mais «du fait de l’inétanchéité des cuves et des enceintes de confinement, l’eau injectée s’écoule dans les sous-sols des bâtiments», reconnaît l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Un système de gestion des eaux radioactives a été mis en place sur le site, mais pour Roland Desbordes, de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), les «crustacés et les animaux sédentaires sur la côte du Japon sont durablement contaminés. Les plus proches de la centrale seront impropres à la consommation pendant des dizaines d’années».

Jean-Christophe Gariel, directeur de l’environnement à l’IRSN, estime pour sa part que les concentrations en césium autour de la centrale «sont aujourd’hui relativement faibles», et qu’à plus de 20km du site de Fukushima-Daichii, on ne mesure que «quelques milli-becquerels par litre» d’eau, soit «le même niveau qu’avant l’accident» en raison de la «grande capacité de dilution dans l’océan». «Si on la dilue suffisamment, la radioactivité devient non mesurable, mais ça ne veut pas dire qu’elle a disparu», nuance Roland Desbordes, qui rappelle que des phénomènes de concentration de la radioactivité peuvent être observés sur des algues ou des récifs. «Où est-ce que la radioactivité va, personne n’est capable de le dire aujourd’hui», alerte Roland Desbordes.

Le césium repose sur les fonds marins

Aura-t-elle suivi les courants du Pacifique nord vers l’Alaska ou se sera-t-elle répandue dans les eaux du Sud? Impossible de le savoir en raison des très faibles concentrations et de la disparition progressive de certains éléments radioactifs: «L’iode 131 a disparu et le césium 134 a diminué de plus de moitié depuis trois ans, indique Roland Desbordes. Mais le césium 137 pose problème: on a aujourd’hui un milliard de becquerels par litre d’eau rejetée de Fukushima, donc mathématiquement dans 300 ans on aura encore des millions de becquerels par litre».

Si l’IRSN assure que le problème le plus aigu se trouve à proximité de la centrale, Jean-Christophe Gariel explique que les poissons benthiques, qui vivent sur les fonds marins près des côtes japonaises, sont contaminés au-delà des normes de commercialisation: «Le césium se concentre dans des particules qui se déposent sur les sédiments. Il reste donc au fond des mers et risque de réapparaître.» Les travaux de démantèlement de la centrale devraient prendre encore trente à quarante ans, mais l’océan restera pollué encore bien plus longtemps.