Trafic d'espèces sauvages: «Lorsqu'on achète de l'ivoire illégal, on participe au massacre de centaines d'éléphants»

INTERVIEW Le braconnage menace la survie de nombreuses espèces animales...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Illustration de défenses d'ivoire saisies.
Illustration de défenses d'ivoire saisies. — WITT/SIPA

Ce lundi 3 mars est la première journée mondiale de la Vie Sauvage. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle: alors que le braconnage redouble dans le monde, alimentant un trafic qui génère 19 milliards de dollars par an, cette journée mondiale espère alerter sur la menace que le commerce illégal  fait peser sur nombre d’espèces animales et végétales. Pour Stéphane Ringuet, chargé du programme TRAFFIC du WWF France, cette journée est l’occasion de rappeler que chacun peut un jour se trouver confronté à des produits issus de ce trafic.

>> Les espèces animales les plus menacées par le braconnage, en images

Les sommets et les déclarations internationales se succèdent, pourtant le trafic d’espèces sauvages continue. Y a-t-il un espoir que cela s’arrête un jour?

Ces sommets démontrent au moins que l’on peut enfin parler au plus haut niveau de l’Etat de questions qui touchent à la lutte contre le trafic d’espèces sauvages. Auparavant, ce sujet était souvent confiné à la Cites, mais il est bon que les Nations Unies ou les Etats eux-mêmes essayent de trouver de nouvelles solutions car c’est un sujet qui dépasse la seule problématique environnementale: cela pose des problèmes de gouvernance, de sécurité, de paix… On ne parle pas que de massacre d’espèces sauvages, la question est aussi d’entretenir des réseaux mafieux et mettre en péril une économie qui se développe sur l’exploitation légale des ressources naturelles.

La France a détruit en février des stocks d’ivoire, est-ce un message efficace contre le trafic?

L’importance de cette communication était de souligner que la France avait pris des décisions pour renforcer ses capacités à lutter contre la fraude: renforcer les moyens d‘enquête et les sanctions, renforcer la coopération et la collaboration au niveau international via Interpol ou les services douaniers... Il s’agissait aussi de rappeler aux Français que lors de nos voyages, nous pouvons être tentés de rapporter des objets qui entretiennent un commerce illégal, notamment des bijoux en ivoire. Il est important de se renseigner pour savoir si ce que l’on achète est légal. 

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Les pays asiatiques, souvent montrés du doigt comme premiers consommateurs de ces produits, prennent-ils le problème au sérieux?

En Chine, il existe un marché légal de l’ivoire, mais il est difficile de s’assurer que l’ivoire illégal n’alimente pas le marché. Le pays doit donc mettre en place une stratégie de réduction de la demande globale. En Chine, des centaines de millions de personnes arrivent à faire partie d’une classe moyenne et ont accès plus facilement à ces produits. Il faut donc changer les comportements et leur rapport à la consommation de la faune et de la flore sauvages, car si on ne réduit pas la demande, aucune autre stratégie de lutte ne peut marcher. Il faut expliquer aux consommateurs, qui n’en ont pas toujours conscience, que lorsqu’on achète de l’ivoire illégal, on participe au massacre de centaines d‘éléphants.