Bourgogne: La viticulture bio devant la justice

PLANETE Une amende de 1.000 euros a été requise contre un viticulteur bourguignon qui a refusé de traiter ses ceps…

Audrey Chauvet

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Un vigneron bio de Côte-d'Or comparaît lundi à Dijon pour avoir refusé de traiter ses ceps contre une maladie, la flavescence dorée, un procès qui scandalise les écologistes tandis que la profession bourguignonne s'inquiète d'une mauvaise publicité.
Un vigneron bio de Côte-d'Or comparaît lundi à Dijon pour avoir refusé de traiter ses ceps contre une maladie, la flavescence dorée, un procès qui scandalise les écologistes tandis que la profession bourguignonne s'inquiète d'une mauvaise publicité. — Jeff Pachoud AFP

Quand un «choix idéologique» devient «une infraction pénale»: Emmanuel Giboulot, viticulteur bio en Bourgogne, comparaissait ce lundi devant le tribunal correctionnel de Dijon pour avoir refusé de traiter ses ceps contre la flavescence dorée, une maladie de la vigne. Le parquet a requis une amende de 1.000 euros, assortie pour moitié de sursis, contre le viticulteur resté fidèle aux principes d’une agriculture basée sur le respect des cycles naturels malgré un arrêté préfectoral qui imposait de traiter toutes les vignes de Côte-d'Or.

Que lui reproche-t-on?

En juin 2013, la préfecture de Côte-d’Or publie un arrêté obligeant tous les viticulteurs du département à traiter leurs ceps contre la flavescence dorée, une maladie mortelle pour la vigne transmise par un petit insecte, la cicadelle. Pour l’éradiquer, la préfecture préconise l’utilisation d’un insecticide. Mais la biodynamie, qui interdit toute utilisation de produits chimiques, n’est pas compatible avec cet ordre. Emmanuel Giboulot refuse donc de traiter les dix hectares qu'il exploite en Côte-de-Beaune et Haute-Côte de Nuits.

Pouvait-il utiliser des méthodes compatibles avec le label bio?  

Il existe un seul traitement «biologique» contre la flavescence: la pyréthrine, un pesticide fabriqué à base de fleurs. Baptiste Philippe, vigneron bio à Viré (Saône-et-Loire), a dû y avoir recours en 2013: «C’est un produit assez peu toxique pour l’homme et l’environnement car il se dégrade rapidement, explique le vigneron du Mâconnais. Mais cela pose beaucoup de problèmes idéologiques aux vignerons bio car son spectre d’action est très large: il détruit toute la faune auxiliaire, abeilles comprises.» L'Institut national de la recherche agronomique (Inra) ajoute même que ce produit d’origine naturelle «est nuisible pour l'environnement: c'est un neurotoxique qui peut affecter les insectes, mais aussi les oiseaux, les animaux, et même les viticulteurs selon les doses utilisées». Le président du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) rejette toutefois les accusations de pollution: lors d'une conférence de presse à Beaune ce vendredi il a martelé que «Non, la Bourgogne ne pollue pas en traitant ses vignes.»

Cette décision mettait-elle les autres viticulteurs en danger?

«J'ai refusé de faire ce traitement systématique dans la mesure où il n'y avait pas de foyer avéré dans le département», a expliqué Emmanuel Giboulot au tribunal. Toutefois, les autorités estiment que malgré l’absence de foyers de flavescence en Côte-d’Or, des cas détectés à quelques kilomètres de Beaune justifiaient ces mesures. «En refusant de traiter, il faisait prendre peu de risques aux voisins. Un zonage intelligent des traitements aurait pu en réduire le nombre», estime Baptiste Philippe, qui a dû traiter ses vignes de Saône-et-Loire où plusieurs foyers avaient été détectés. «A Viré, au cœur du foyer, il fallait que la lutte soit collective», explique-t-il.

Les ordres de la préfecture étaient-ils justifiés?

Pour les associations de protection de l’environnement qui soutiennent Emmanuel Giboulot, les traitements imposés relèvent d’une vision de l’agriculture «uniquement basée sur une lutte chimique comme toute réponse au moindre problème», écrit l’association Générations futures. Pour la Confédération paysanne, qui soutient le viticulteur bio, «cela nous parait surprenant que l’Etat emmène un viticulteur devant le tribunal pour refus d’utilisation de pesticides alors que des lois visant à réduire leur utilisation sont en passe d’être votées», réagit Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération. «La préfecture a joué la sécurité sans tenir compte de l’environnement et des équilibres écologiques, estime pour sa part Baptiste Philippe. Mais si tous les viticulteurs bio refusaient de traiter, ce serait excessif aussi. Il faut trouver des méthodes intelligentes de lutte contre les maladies».