La ferme des mille vaches suspendue à la décision du tribunal

PLANETE Ce projet de ferme géante oppose les riverains à un puissant groupe du bâtiment...

Audrey Chauvet

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Le chantier de la ferme des "mille vaches" à Drucat, dans la Somme, le 17 février 2014.
Le chantier de la ferme des "mille vaches" à Drucat, dans la Somme, le 17 février 2014. — A.Chauvet/20Minutes

Ce pourrait être une fable de La Fontaine, version 2014: les mille vaches et le méthaniseur. Depuis trois ans, une bataille judiciaire oppose les habitants du village de Drucat (Somme) au groupe Ramery. Le projet de ce géant du BTP fait peur aux riverains: un hangar de 234 mètres de long pouvant accueillir 1.000 vaches laitières et 750 veaux serait couplé à un méthaniseur géant qui pourra produire près de 1,5 mégawatts d’électricité. Du jamais vu en France. Ce lundi, un nouveau chapitre de l’affrontement se tenait au Tribunal administratif d’Amiens, appelé à statuer sur la suspension du permis de construire demandé par l’association d’opposants locaux Novissen rejointe par Picardie Nature, L214 et la Confédération paysanne.

>> Tout comprendre sur le projet de ferme des mille vaches avec notre chronologie interactive

Réunis sur la place de Drucat avant un départ groupé pour Amiens, les militants de Novissen espèrent encore un coup de théâtre. Les juges ont déjà donné raison à plusieurs reprises au groupe Ramery même si ce dernier a dû ramener la taille de la ferme à 500 animaux faute d’avoir la surface nécessaire pour épandre les 40.000 tonnes de déchets non méthanisables. Ramery a toutefois «construit de quoi accueillir 1.000 vaches», assure le maire de Drucat, Henri Gauret, un des très rares élus à résister depuis le début au projet de ferme. 

Politisation des débats

Mais les habitants de ce «village d’irréductibles» ne baissent pas les bras. Inquiets pour leur santé, pour la qualité de l’eau des nappes phréatiques situées sous les terres  qui absorberont le lisier, pour la baie de Somme qu’ils redoutent de voir envahie par des nitrates et pour toutes les conséquences encore inconnues auxquelles le fait d’habiter à 600m de la ferme les exposerait, ils étaient nombreux lundi dans la salle d’audience du tribunal d’Amiens. 

Mais plus nombreux encore étaient les représentants de la Confédération paysanne qui, depuis qu’elle a rejoint le front des opposants, a musclé l’affrontement en organisant des occupations du chantier. «Nous sommes là pour apporter notre soutien au juge car il va lui falloir du courage pour aller contre Ramery», explique Laurent Pinatel, porte-parole du syndicat agricole, qui assure défendre l’intérêt des petits éleveurs, menacés par cette ferme laitière industrielle. «Que vient faire la Confédération paysanne dans ce dossier?, ont rétorqué les avocats de Ramery lors de l’audience. La Somme est pour elle une terre de mission, car elle n’y compte qu’une poignée d’adhérents».

Débats musclés à l'audience aussi

Me Grégoire Frison, l’avocat de Novissen, a accusé Ramery de «corrompre la structure politique» et de perpétrer «un crime d’empoisonnement en bande organisée». Les avocats de la partie adverse ont rigoureusement contré ces arguments et ramené le débat à la stricte légalité du permis de construire. «Seules 9 pièces sur 150 au dossier portent sur le permis de construire, a argué l’avocat de la SCEA Côte de la Justice, qui exploitera la ferme. Le reste n’est que diffamation et agitation de peurs irrationnelles.»  A l’issue de l’audience, Marc Dupont, secrétaire de Novissen, reste optimiste et affirme qu’en cas d’échec, l’association retentera une action en justice. Mais le plus grand espoir reste du côté des ministères: reçus par Cécile Duflot et Philippe Martin en janvier, les opposants aimeraient un soutien clair de la part du gouvernement. La décision du tribunal d’Amiens sera rendue dans 15 jours.