La chabasite, une roche qui pourrait résoudre le problème des algues vertes

PLANETE Ajoutée à la nourriture des porcs, cette pierre réduit la quantité d’azote contenue dans le lisier...

Audrey Chauvet
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Ramassage d'algues vertes sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, le 31 mai 2011.
Ramassage d'algues vertes sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, le 31 mai 2011. — LE SAUX LIONEL/SIPA

Faire manger des cailloux aux cochons pour éliminer les algues vertes? L’idée peut paraître fantaisiste et pourtant elle a démontré son efficacité en Italie. La chabasite, une roche volcanique exploitée dans la région de Rome pour la construction, a révélé des capacités de captage des odeurs issues des élevages porcins. Mieux, elle pourrait même réduire les pollutions aux algues vertes en capturant jusqu’à 30% de l’azote ammoniacal contenu dans les excréments des porcs.

«La chabasite pourrait résoudre le problème des algues vertes car c’est l’azote ammoniacal qui fait naître les nitrates, s’enthousiasme Eric Poincelet, directeur Europe de Nitracure, la société française créée par le groupe italien Verdi pour commercialiser la chabasite en France. Pouvoir réduire de 30% la quantité d’azote contenue dans le lisier épandu permettrait de réduire la pollution aux nitrates et la prolifération des algues vertes.» Pour cela, il faudrait introduire 3% de chabasite dans la nourriture des porcs sous forme de complément alimentaire. «Sur les douze millions de porcs bretons, si on en traite 2 à 3 millions, on règle déjà une grande partie du problème. Et ça ne représente que 7 kilos de chabasite par animal», estime Eric Poincelet, selon qui les gisements italiens, estimés à 12 millions de mètres cubes, seraient largement suffisants pour alimenter la Bretagne.

Les Côtes-d’Armor prêtes à expérimenter

Après les tests concluants menés en Italie, notamment dans la région de Parme où les élevages de porcs pour le jambon posaient de gros problèmes de voisinage, la Bretagne s’est penchée sur la possibilité d’utiliser la chabasite. Des expérimentations menées par l’Institut du porc (Ifip) ont démontré que les excréments des porcs contenaient 30% d’azote en moins lorsque les animaux mangeaient de la chabasite. Le complément alimentaire permettrait même aux animaux de consolider leurs os, rendus fragiles par l’engraissage très rapide qu’ils subissent (un porc passe de 1,5kg à la naissance à 110 kilos en six mois). Et la viande ne s’en trouverait pas altérée, bien au contraire, assure Eric Poincelet: «Le cochon assimile mieux le phosphore et le potassium», assure-t-il. Reste à savoir si les éleveurs seront prêts à payer le surcoût, estimé à 4 euros par porc, pour faire manger de la chabasite à leurs bêtes. 

En attendant que la Bretagne «se décide à mettre en place un plan Marshall» des algues vertes, le département des Côtes-d’Armor est volontaire pour une expérimentation, assure le président du Conseil général Claudy Lebreton: «Nous réfléchissons à une expérimentation sur un bassin versant, avec une centaine d’agriculteurs sur trois ans», explique-t-il, reconnaissant toutefois être confronté à des «résistances» de la part des éleveurs, qui refusent un coût supplémentaire, et des associations environnementales qui jugent que l’on traite «les conséquences et non les causes de la pollution»: «Dire qu’on ne remet pas en cause le modèle agricole intensif n’est pas tout à fait vrai, juge Claudy Lebreton. Les financements publics s’orientent de plus ne plus vers les circuits courts ou les Amap. Il faut aussi avoir une approche pragmatique et donner un coup de pouce pour faire changer les mentalités petit à petit.» Si la chabasite n’est pas la roche miraculeuse, elle pourrait être une première pierre sur le chemin vers une agriculture raisonnée.