Inondations dans le Var: Aurait-on pu éviter le pire?

ENVIRONNEMENT Les catastrophes naturelles sont aggravées par l’aménagement du territoire…

Audrey Chauvet

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Inondations à La Londe, dans le Var.
Inondations à La Londe, dans le Var. — P. MAGNIEN / 20 MINUTES

Des centaines d’habitants sinistrés et deux morts : les conséquences des inondations qui ont frappé le Var ce week-end auraient-elles pu être moins graves ? Alors que les précipitations torrentielles ne sont pas rares dans la région méditerranéenne en hiver, certains accusent l’aménagement du territoire d’amplifier les dégâts.

Barrages et digues

Parkings, routes et quartiers résidentiels en zone inondables sont montrés du doigt : l'association «Vivre installé au Val d'Argens» estime ainsi que le delta de l’Argens, un fleuve côtier du Var, a été «bouché à 97% par la route côtière». L'association réclame la mise en place de buses sous la digue de cette route côtière et la construction d'une digue maritime pour empêcher l'ensablement de l'embouchure. Mais pour Vazken Andréassian, hydrologue à l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (Irstea), «les rivières ont déjà nettoyé leur chenal des routes et ponts qui gênaient lors des précédentes crues».

Pour le chercheur, «transformer les rivières en canaux bétonnés pour évacuer l’eau le plus vite possible vers l’aval aggraverait de beaucoup les effets dévastateurs d’une crue» : «Il vaut mieux retenir l’eau là où elle fait le moins de dégâts possible, par exemple avec des barrages en amont qui régulent le débit de l’eau, comme il en existe dans les Cévennes ou autour de Paris

Quant aux digues maritimes, elles ont démontré leur inefficacité lors de la tempête Xynthia. «Aujourd’hui, on privilégie la mise en place de seuils de débordement qui permettent à l’eau de passer par-dessus la digue sans la détruire», explique Vazken Andréassian. «Il vaut mieux contrôler le débordement de l’eau et inonder lentement un lotissement plutôt que de laisser la digue se rompre.»

Un Français sur quatre pourrait être inondé

Mais ces solutions, couplées à de meilleurs systèmes de prévision et d’alerte, n’empêcheront pas de nouvelles catastrophes : «Il faut cesser de construire en zone inondable, malgré la pression pour des maisons "pieds dans l’eau", alerte Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement. On ne sait pas se protéger des inondations, il faut donc se poser la question des expropriations et du repli stratégique.» Trop de béton dans des zones habituées à connaître des crues : un rapport sénatorial de septembre 2012 pointait déjà les responsabilités humaines dans les catastrophes naturelles, mais les leçons ne semblent pas avoir été tirées. Alors qu’un Français sur quatre est exposé au risque d’inondation, la facture des crues pourrait s’alourdir «car à chaque catastrophe naturelle, c’est le citoyen qui paie les indemnisations pour des sinistres qui auraient pu être évités», déplore Benoît Hartmann.