Un «EADS de l'énergie», une idée pour lancer la transition énergétique

PLANETE François Hollande a annoncé mardi sa volonté de créer un «géant franco-allemand de la transition énergétique»...

Audrey Chauvet

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Angela Merkel et le président de l'entreprise EnBW, faisant la démonstration d'une éolienne le 2 mai 2011.
Angela Merkel et le président de l'entreprise EnBW, faisant la démonstration d'une éolienne le 2 mai 2011. — AFP PHOTO / JOHANNES EISELE

Après les avions, l’électricité? Ce mardi, lors de sa conférence de presse, le président François Hollande a annoncé sa volonté de créer un «géant franco-allemand de la transition énergétique» qui, sur le modèle d’EADS, fédérerait les recherches et industries françaises et allemandes autour de l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Des champions nationaux qui s’unissent

Déjà appelé de ses vœux par les organisations environnementales depuis quelques années, le passage de l’échelle nationale à l’échelle européenne de la problématique énergétique pourrait permettre d’accélérer le développement des énergies renouvelables. «Il y a beaucoup d’opportunités industrielles à saisir, estime Andreas Rudinger, chercheur au pôle Energie-climat de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). Par exemple, si aujourd’hui les capacités de production de panneaux photovoltaïques sont en Chine, c’est à cause de la politique volontariste du gouvernement chinois qui a investi dans des installations industrielles immenses. Ce serait faisable en Europe avec une usine qui produirait plusieurs gigawatts par an.»

Pour le spécialiste des politiques de transition énergétique en France et en Allemagne, la mise en commun des recherches nationales et la coopération industrielle aurait du sens. «Areva est déjà installé en Allemagne, où elle produit des turbines pour les parcs éoliens offshore. En matière de transports durables, nous avons des leaders mondiaux comme Alstom et Siemens qui pourraient être très efficaces s’ils s’unissaient», poursuit Andreas Rudinger, qui estime toutefois qu’une politique européenne ambitieuse est indispensable pour donner un cadre à cette coopération. «L’Europe du 20e siècle s’est construite sur le charbon et l’acier, celle du 21e siècle doit se faire sur l’énergie commune, estime Serge Orru, ex-directeur du WWF-France. L’idée de créer un EADS des énergies renouvelables en Europe ne signifie pas centraliser l’énergie mais faire un mix des bonnes pratiques.»

L’épineuse question de l’atome

Mais la coopération entre la France et l’Allemagne ne risque-t-elle pas d’achopper sur l’atome? La France, championne mondiale du nucléaire, devrait collaborer avec le plus grand pays européen ayant renoncé au nucléaire après la catastrophe de Fukushima. Pour Andreas Rudinger, c’est un cliché d’opposer les politiques énergétiques françaises et allemandes: «Nous avons les mêmes objectifs de décarbonisation, d’efficacité énergétique, de réduction de la dépendance au pétrole, de développement de transports moins émetteurs de CO2, énumère le chercheur. Quant au nucléaire, si on regarde l’objectif français de passer de 75 à 50% et celui de l’Allemagne de fermer ses centrales, la réduction est dans les deux cas d’environ 140 térawatts heures d’énergie nucléaire.» Mêmes défis, mêmes solutions: l’avenir de l’énergie française passera par l’Europe.