Nicole Aussedat: «30% des requins ne sont pêchés que pour leurs ailerons»

INTERVIEW La représentante de l'association Shark alliance poursuit la lutte contre la découpe des ailerons de requins...

Propos recueillis par Audrey Chauvet

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Découpe d'ailerons de requins au Mexique.
Découpe d'ailerons de requins au Mexique. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Tuer un requin pour en prélever uniquement l’aileron: le «shark finning», interdit depuis 2012 par l’Union européenne, se pratique encore dans des pays d’Asie où la soupe aux ailerons reste un mets de choix. Mercredi 13 novembre, Nicole Aussedat, représentante de l’association Shark alliance, donne une conférence à l’Institut océanographique de Paris pour rappeler que cette pratique met en danger la survie de plusieurs espèces de requins.

En quoi consiste le «shark finning»?

C’est une pratique qui consiste à découper les ailerons sur les requins à bord des navires et à en rejeter la carcasse à la mer alors que, souvent, les requins sont encore vivants. La chair vaut beaucoup moins cher que les ailerons: ils peuvent atteindre 500 dollars le kilo tandis que la chair atteint difficilement 1 dollar le kilo.

Dans quels pays est-ce encore pratiqué?

La découpe d’ailerons était autorisée par l’Europe jusqu’en novembre 2012. Les navires européens avaient le droit de faire cette découpe s’ils ne rejetaient pas les carcasses, or il n’y avait aucun moyen de contrôler qu’il y avait autant de carcasses que d’ailerons rapportés par les bateaux. Shark alliance a milité pour qu’en Europe on abolisse la découpe d’ailerons, qui officiellement n’était plus pratiquée que par quelques pays comme l’Espagne ou le Portugal, qui étaient néanmoins de gros pêcheurs. Aujourd’hui, encore beaucoup de pays asiatiques le font.

Quelles actions peuvent être menées pour lutter contre le «shark finning»?

Il faut agir sur tous les fronts. Des ONG en Asie ont réussi à convaincre les gouvernements de Hong-Kong et de Chine de ne plus servir de soupe aux ailerons lors des banquets officiels, des chaînes hôtelières les ont bannies aussi. Mais la classe moyenne qui accède au confort est tellement énorme que cela prendra du temps avant que la soupe aux ailerons passe de mode, malgré un changement de mentalité très notable depuis deux ans. Il faut veiller également à ce que les contrôles nécessaires pour éviter la pêche déguisée soient mis en œuvre: il faudrait des contrôleurs à bord des palangriers et au débarquement dans les ports. On estime que 30% des requins ne sont pêchés que pour leurs ailerons, mais la pêche illégale étant importante, il est difficile d’établir un chiffre précis.