Le typhon Haiyan, une manifestation du changement climatique?

PLANETE Les événements météorologiques extrêmes pourraient se multiplier dans l'avenir...

Audrey Chauvet

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Un jeune homme sur les ruines de sa maison après le passage du typhon Haiyan, à Tacloban, aux Philippines, le 12 novembre 2013.
Un jeune homme sur les ruines de sa maison après le passage du typhon Haiyan, à Tacloban, aux Philippines, le 12 novembre 2013. — Wally Santana/AP/SIPA

Le typhon qui a dévasté les Philippines est-il lié au réchauffement de la planète? Les experts restent prudents mais les représentants politiques réunis au sommet des Nations unies sur le climat à Varsovie pourraient prendre cet avertissement météorologique au sérieux.

Pas de lien établi

Pour les climatologues, on ne peut pas établir de lien direct entre les vents à plus de 360km/h qui ont traversé l’archipel asiatique et le réchauffement climatique. «Il est pratiquement impossible d'attribuer tel ou tel événement extrême au changement climatique», note ainsi Kevin Walsh, professeur associé de sciences de la Terre à l'université de Melbourne. D’autant plus que les satellites enregistrant les données des typhons n’existaient pas avant les années 1970, réduisant ainsi la possibilité de comparer les événements météorologiques extrêmes dans le temps.

La seule donnée qui pourrait mettre en cause le réchauffement climatique est la hausse de la température des mers, qui a augmenté de 0,3 degré durant les trente dernières années.  Or, plus la surface de la mer est chaude, plus les cyclones et typhons sont violents. Cela ne suffit toutefois pas à lier directement la catastrophe des Philippines au réchauffement climatique. Le climatologue français Jean Jouzel, interrogé par France Info, explique ainsi que la seule chose dont on soit sûr, c’est que les risques de cyclones «deviennent plus importants»: «Ce sont des événements extrêmes qui sensibilisent le citoyen aux problèmes climatiques mais il faut bien se rendre compte que même en l'absence de réchauffement climatique nous aurions de telles catastrophes. Simplement elles risquent de se multiplier, d'être plus fréquentes, plus intenses».

Agir avant qu’il ne soit trop tard

De l’ouragan Katrina en 2005 à la tempête Xynthia en 2010, les événements extrêmes rappellent régulièrement que le climat est un sujet à ne pas prendre à la légère. «Nous nous rassemblons aujourd’hui avec, sur nos épaules, le poids de nombreuses réalités qui donnent à réfléchir» comme «l’impact dévastateur du typhon Haiyan», a déclaré la responsable climat des Nations unies, Christiana Figueres, le 11 novembre lors de l’ouverture de la 19e conférence climat à Varsovie qui rassemble plus de 190 pays.

Parmi eux, les Philippines, dont le délégué a annoncé qu’il entamait une grève de la faim ce lundi en attendant «qu'une évolution significative se dessine»: «Nous pouvons prendre des mesures fortes dès maintenant pour garantir que les super-typhons ne deviennent pas monnaie courante», a déclaré Naderev Sano, des larmes dans la voix. Reste à savoir si l’assemblée des négociateurs, debout pour applaudir le discours du Philippin, joindra les actes aux bons sentiments.