Les pêcheurs bretons préparent leurs filets au «zéro rejet»

PLANETE La nouvelle politique commune des pêches (PCP) qui entre en vigueur en 2014 pousse les pêcheurs et les scientifiques à trouver des moyens de mieux cibler les prises de poissons...

à Lorient, Audrey Chauvet

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Des chaluts en test au centre Ifremer de Lorient (Morbihan), le 8 novembre 2013.
Des chaluts en test au centre Ifremer de Lorient (Morbihan), le 8 novembre 2013. — A.Chauvet / 20 Minutes

Anchois, sardines, thons, bars, merlus… Dans les mailles des filets, toutes ces espèces se mêlent, sans distinction entre celles qui sont soumises à des quotas de prises, celles qui ne sont pas commercialisables, ou entre poissons juvéniles et adultes. Pour éviter les rejets en mer de poissons non désirés, comme le prévoit la réforme de la politique commune des pêches (PCP) adoptée en mai dernier par l’Union européenne, les organisations professionnelles de pêcheurs s’engagent dans des programmes d’amélioration de la sélectivité des prises menés avec le soutien de scientifiques et de l’association interprofessionnelle France filière pêche.

Trier sur le fond plutôt que sur le pont

 «Nous avons deux possibilités, explique Julien Lamothe, coordinateur du programme sélectivité en mers celtiques pour l’organisation de producteurs Pêcheurs de Bretagne, qui regroupe 3.000 marins bretons débarquant chaque année 100.000 tonnes de poisson. Soit ramener toutes les captures à terre, ce qui nuit à l’écosystème et génère un surcroît de travail à bord, soit améliorer les pratiques de pêche pour diminuer les rejets.» En l’absence de filières bien organisées permettant de vendre ces passagers clandestins et pour éviter de déséquilibrer les populations de poissons, les scientifiques de l’Ifremer de Lorient (Morbihan) travaillent sur de nouveaux systèmes de chalutage pour tendre vers le «zéro rejet» visé par la PCP.

Dans leur bassin d’essai, les chercheurs soumettent toutes sortes de mailles aux pressions du courant et testent leur capacité à laisser s’échapper certains poissons. Le merlu, par exemple, qui était couramment attrapé avec les langoustines dans le golfe de Gascogne: «Pour avoir une licence de pêche à la langoustine, il faut aujourd’hui installer un dispositif laissant s’échapper les merlus, qui font l’objet d’un plan de sauvegarde, et les petites langoustines de moins de 9cm. Il peut s’agir d’un pan de mailles carrées par lesquelles les poissons sortent et d’une grille calibrée à la taille des petites langoustines», explique Pascal Larnaud, spécialiste en technologie des pêches à l’Ifremer. Ces dispositifs permettent à 25 à 35% des langoustines et 26% des merlus inférieurs à la taille légale de commercialisation de s’échapper.

Le zéro rejet, un objectif inatteignable?

Pour les pêcheurs, ces nouvelles obligations ne sont pas seulement une contrainte: elles permettent aussi de faciliter le travail à bord en évitant des manipulations et du tri, et améliorent la qualité des prises. «Avant, quand on attrapait des chinchards, le coup de chalut était foutu pour les langoustines, témoigne Thierry Evain,  pêcheur au Croisic (Loire-Atlantique). Grâce au nouveau maillage, on pêche plus pur et nous pouvons valoriser les espèces de fond attrapées avec la langoustine.»

D’après les données de la Commission européenne, 61% du stock de poissons de l’Atlantique nord-est est désormais pêché «durablement», en laissant le temps aux espèces de se reproduire. Ce chiffre n’était que de 27% en 2010 et 6% en 2005. L’ambition de la nouvelle PCP d’éliminer progressivement les rejets en mer va obliger les pêcheurs à opérer des arbitrages entre rentabilité, respect de la biodiversité marine et investissements dans de nouvelles méthodes. «Le zéro rejet, on n’y arrivera jamais, prévient toutefois Julien Lamothe, car cela irait bien au-delà de la limite de rentabilité. Mais nous avons encore des marges de progression en matière de sélectivité», reconnaît-il.