Contre la surmortalité des jeunes huîtres, mieux vaut les élever loin les unes des autres

PLANETE Il faut séparer les jeunes des plus âgées...

avec AFP

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Vue générale d'un parc à huîtres dans l'étang de Thau à Marseillan prise le 16 août 2008.
Vue générale d'un parc à huîtres dans l'étang de Thau à Marseillan prise le 16 août 2008. — PASCAL GUYOT / AFP

La surmortalité des jeunes huîtres disparaît si on s'assure qu'elles sont saines au départ et qu'on les élève loin des animaux plus âgés, ont constaté les chercheurs du Centre de référence de l'huître, basé à Caen. Dans une zone sanctuaire, à plus de 5 km d'un parc ostréicole, «on peut mener ces animaux pendant deux ans sans mortalité, ou du moins une mortalité de l'ordre de 5% à 10%», a indiqué lundi Michel Mathieu, professeur à l'université de Caen qui coordonne le Centre, lors d'une conférence de presse.

Ensuite «quand on les remet sur les parcs, même dans des zones où il y a une mortalité assez importante, la mortalité de ces animaux n'excède pas 20 à 30% comme au début des années 2000», a ajouté le professeur dont le centre est financé par des fonds publics. Pour mener leur étude, les chercheurs ont mis au point un procédé de certification des naissains, et ils ont immergé ces jeunes huîtres saines dans deux «sanctuaires», à Cricqueville-en-Bessin (Calvados) et à Hatainville (Manche). «La filière ostréicole est la seule filière animale où on fait coexister les juvéniles et les adultes», a souligné l'universitaire.

«La côte n'est pas extensible»

En Basse-Normandie, toutes les huîtres sont issues de naissains en provenance de régions françaises plus au sud ou d'écloseries. «Les sanctuaires, il faut les trouver. La côte n'est pas extensible», a réagi Joseph Costard, président de la section régionale de conchyliculture lors de ce même point presse, «l'estran» étant déjà très convoité. Michel Mathieu a par ailleurs estimé que le «cheptel est affaibli très probablement» par le fait que les ostréiculteurs ont, face à la surmortalité, considérablement augmenté le nombre de naissains introduits dans les parcs. «Quand un ostréiculteur sait qu'il peut s'attendre à avoir 60% de mortalité, il achète pour compenser 60% de naissains en plus», a-t-il expliqué.

Du coup, «on a probablement aujourd'hui 8 à 10 fois plus de naissains sur le parc qu'il n'y en avait avant l'apparition de cette maladie (l'herpès virus, ndlr) dans les années 80», selon l'universitaire. Dans le même temps la consommation française est passée de 130.000 tonnes à 80.000 tonnes. Le phénomène de surmortalité des jeunes huîtres est apparu en 2008. Il se double d'une mortalité des huîtres adultes depuis l'an passé, sur laquelle le Centre de référence est en train de travailler.