Ecotaxe suspendue: les ONG hérissées, les écologistes restent au gouvernement

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Jean-Marc Ayrault a suspendu mardi l'application de l'écotaxe sur l'ensemble du territoire pour une durée indéterminée, reculant sous la pression du mouvement d'hostilité en Bretagne où les opposants restent mobilisés et réclament sa suppression pure et simple.
Jean-Marc Ayrault a suspendu mardi l'application de l'écotaxe sur l'ensemble du territoire pour une durée indéterminée, reculant sous la pression du mouvement d'hostilité en Bretagne où les opposants restent mobilisés et réclament sa suppression pure et simple. — Pierre Andrieu AFP

«Lamentable» pour France Nature Environnement, «minable» pour José Bové: la suspension mardi de l'écotaxe poids lourds est très mal passée chez les ONG et certains écologistes mais ne remet pas en cause la participation d'Europe Ecologie-Les Verts au gouvernement, ont assuré des élus.

Déjà hérissés par l'absence de mesures fiscales sur le diesel et le flou entourant la future loi sur la transition énergétique, les ONG et plusieurs élus écologistes ne masquent plus leurs doutes sur les ambitions vertes d'un gouvernement accusé de céder trop facilement aux «groupes de pression» et de faire de l'écologie «le bouc émissaire» des difficultés économiques des transporteurs et des éleveurs.

Pour autant, la coprésidente des députés écologistes Barbara Pompili a rappelé la volonté d'EELV de rester «partenaire» du gouvernement et son collègue de l'Assemblée Eric Alauzet a écarté tout «retrait».

De son côté, le secrétaire national d'EELV Pascal Durand a néanmoins estimé que l'ajournement de la mesure «ne va résoudre en rien» les difficultés de la Bretagne, région farouchement opposée au dispositif.

«Cette suspension sine die, c'est juste minable, c'est une reculade vraiment invraisemblable face à un lobby agro-industriel mené par le président de la FNSEA, Xavier Beulin, et le Medef pour casser une logique économique» qui permettrait la relocalisation des activités, a dénoncé l'eurodéputé écologiste José Bové.

Le «Collectif des acteurs économiques de la Bretagne», qui regroupe des patrons bretons, est ressorti «plutôt satisfait» d'une réunion à Matignon mardi soir avec le Premier ministre, quelques heures après l'annonce de la suspension de l'écotaxe.

La FNSEA demandait l'ajournement du dispositif, censé entrer en vigueur au 1er janvier, pour cause de contexte économique difficile mais aussi en raison d'«une vraie difficulté d'application» car il pourrait conduire au paiement de la taxe cinq à six fois durant le cycle de production d'un même produit.

Pour Noël Mamère, l'écotaxe n'est que «le bouc émissaire d'une crise de la production agricole». «Les racines du mal ne sont pas dans l'écotaxe, mais dans la crise de l'agriculture et de l'élevage intensif», a estimé le député écologiste qui a quitté fin septembre les rangs d'EELV.

«Encore une fois, c'est l'écologie qui trinque», a également jugé l'ex-ministre socialiste de l'Ecologie Delphine Batho pour qui l'écologie «est en train de devenir la victime expiatoire de la crise».

«Où est Philippe Martin?»

Du côté des ONG, France Nature Environnement a jugé «lamentable» cette suspension qui, selon le gouvernement, devrait durer plusieurs mois pour permettre un «dialogue au niveau régional et national» sur l'application de cette mesure phare du Grenelle de l'environnement déjà plusieurs fois reportée.

«L'environnement devient le bouc émissaire des problèmes économiques» des transporteurs et des éleveurs, a regretté aussi le président de FNE, Bruno Genty, expliquant que cette mesure fonctionnait «très bien» dans d'autres pays, comme en Suisse.

Concernant le report d'une mesure qui devait rapporter plus d'un milliard d'euros par an et devait compenser une partie de la baisse des crédits du ministère de l'Ecologie pour 2014, FNE estime plus globalement qu'«on est en train de planter le financement de la transition énergétique».

La Fondation Nicolas Hulot s'est également dite «vraiment triste de ce nouveau recul sur l'écologie».

Le Réseau action climat (RAC) dénonce, lui, le «piètre exemple» en matière de lutte contre le réchauffement climatique que donne la France, qui accueillera en 2015 la prochaine grande conférence sur le climat.

Le secteur du transport est le premier secteur émetteur de CO2 en France et la part de la route dans le transport de marchandises continue de croître, atteignant près de 90% aujourd'hui contre 86% en 2007 au moment du Grenelle, indique Lorelei Limousin, chargée de mission climat-transports au RAC.

«Où est Philippe Martin dans le processus de décision sur l'écotaxe ?», s'est alarmée l'ONG sur Twitter en s'étonnant du silence du ministre de l'Ecologie.

Le président UMP du Conseil régional d'Alsace, Philippe Richert, a estimé mardi que l'écotaxe aurait dû être portée jusqu'au bout et s'est dit «perplexe» à l'égard du renoncement du gouvernement.