Un lieu plein de ressources

REPORTAGE Dans les ressourceries, l'économie circulaire se met en application...

Virginie Tauzin

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Lampe en sacs plastiques, chaise tressée avec des ceintures, pochettes d’iPad à partir de pantalons usés, boucles d’oreilles en cuir de couvertures d’agendas, cadre photo en pneu de vélo... A Ma Ressourcerie, boutique située derrière le centre commercial Italie 2, dans le 13e arrondissement de Paris, le concept d’économie circulaire prend tout son sens. Dans la capitale, ces lieux atypiques se comptent sur les doigts d’une main, et une vingtaine sont répartis sur toute la France. 

« Notre première mission est de collecter, explique Essia, employée de Ma Ressourcerie. Les gens nous apportent ce dont ils se débarrassent et nous sommes tenus de les accepter quel qu’en soit l’état. » Les objets sont ensuite revendus sur place s’ils sont opérationnels, réparés ou transformés dans le cas inverse. Au fond de la boutique, dans la petite réserve d’une vingtaine de mètres carrés pleine à craquer, s’entassent livres, textiles et autres objets en tous genres. Depuis le début du mois de septembre, Ma Ressourcerie récupère chaque jour près de 500 kg de dons et 1,5 tonne par semaine. « Nous sommes la plus petite ressourcerie de France. Il est très compliqué de tout stocker », poursuit Essia. Après tri, 95 % des objets trouvent une seconde vie dans la boutique puis, à terme, chez l’acheteur, tandis que seulement 5% sont transmis à des filières de recyclage spécialisées.

Ni brocante ni vide-grenier

Ici, on trouve autant des petites babioles de décoration à quelques euros qu’un foulard Cartier à 110 et une veste Yves Saint-Laurent à 70. Une façon de ne pas dévaloriser l’objet : « Il ne faut pas qu’on ait l’impression d’un vide-grenier ou une braderie. Dans l’économie circulaire, tout ne coûte pas un euro », explique Essia. « La collecte serait vaine si ensuite les personnes n'acquéraient pas ces biens d'occasion : les produits doivent circuler, les matériaux être réutilisés pour créer de nouveaux produits utiles aux habitants », indique pour sa part Evelyne Bouquet, directrice de la ressourcerie.

En 2008, cette passionnée monte une association, Studio-Carton, dans le but de fabriquer des meubles avec des cartons récupérés, mais la main d’œuvre coûte trop cher pour créer des emplois pérennes, sa priorité. Aujourd’hui, Ma Ressourcerie, ouverte en février 2011, est soutenue par de nombreux bénévoles certes, mais emploie surtout six personnes réunies par le même point commun : une grande sensibilité pour les matières et la création. Parmi les dernières recrues, Lucie, créatrice et « valoriste » : « Comment vient l’idée de transformer tel objet en tel autre ? C’est de l’imagination ! », lance-t-elle derrière sa machine à coudre.

La carte du local

En donnant, par exemple, des objets électroniques à retaper à une classe du lycée Lazare Ponticelli, situé dans le 13e, la ressourcerie joue à fond la carte du local. « Les premières personnes à sensibiliser sont celles que nous côtoyons dans notre environnement, via des partenariats locaux, des ateliers de création ou des fêtes de quartier », dit Essia, qui anime l’atelier couture. Avec toujours, pour Evelyne Bouquet, une démarche engagée : « Le développement durable et les questions environnementales doivent être l'apanage des populations les plus fragiles. Ce sont elles qui pâtissent déjà de l'augmentation des prix des produits. » La démarche est militante, mais jamais culpabilisante.

 

 

 

Studio-Carton Ma Ressourcerie, ouverte le mercredi de 14 à 19h, le vendredi de 12h30 à 19h et le samedi de 12 à 19h. 3 rue Henri Michaux, 75013. Cours hebdomadaires de couture et carton. Plus d’infos sur maressourcerie.fr

Pour trouver une ressourcerie près de chez soi : www.ressourcerie.fr