Tchernobyl: la Collectivité de Corse soutient son étude pour rétablir la vérité

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Des élus corses et une équipe de scientifiques ont présenté mardi à Paris une enquête "indépendante" sur l'augmentation dans l'île des pathologies thyroïdiennes après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, une corrélation contestée par les autorités.
Des élus corses et une équipe de scientifiques ont présenté mardi à Paris une enquête "indépendante" sur l'augmentation dans l'île des pathologies thyroïdiennes après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, une corrélation contestée par les autorités. — Tass

Des élus corses et une équipe de scientifiques ont présenté mardi à Paris une enquête «indépendante» sur l'augmentation dans l'île des pathologies thyroïdiennes après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, une corrélation contestée par les autorités.

En juillet dernier, la ministre de la santé, Marisol Touraine, et l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) avaient estimé que cette étude «ne permet pas (..) d'établir un lien de cause à effet plus direct entre le nuage de Tchernobyl et le développement de ces cancers» en Corse.

Mais le député (PRG) de Haute-Corse Paul Giacobbi, qui reste persuadé du contraire, en a présenté mardi le contenu à la presse à l'Assemblée nationale. «En réponse aux attaques», «nous voulons faire connaître nos travaux au niveau national», a expliqué la présidente de la Commission Tchernobyl à l'Assemblée de Corse, Josette Risterucci.

Dans une note, l'IRSN avait critiqué les «limites majeures» de cette étude menée par un groupe de 25 scientifiques italiens dirigés par le Pr Paolo Cremonesi, de l'hôpital Galliera de Gênes (Italie), suite à un appel d'offre européen.

«La question est : le nuage a-t-il une corrélation directe avec l'augmentation des maladies thyroïdiennes ?», a expliqué le Pr Cremonesi. Dès lors, les scientifiques ont utilisé deux types de données : d'une part, des données de l'ONU et l'OMC sur la radioactivité des sols et l'«intake thyroïdien» (mesure de radioactivité au niveau de la thyroïde) afin d'établir une cartographie du passage du nuage, et d'autre part, des dossiers médicaux locaux.

Dans la zone concernée - le nord-est de l'île, qui compte environ 180.000 habitants - les scientifiques ont observé les variations d'incidence des pathologies en se basant sur plus de 14.000 dossiers médicaux. 4.421 dossiers correspondent à des personnes «exposées » (nées avant 1986 et dont le diagnostic a été établi après 1987).

Problème : «les pathologies thyroïdiennes ont globalement augmenté partout depuis plusieurs années», a expliqué le Pr Cremonesi. Dès lors, comment distinguer le rôle qu'a pu jouer le nuage ?

Pour cela, «nous avons +nettoyé+ les données obtenues» en pondérant «les +facteurs de confusion+ (pouvant augmenter l'incidence de ces maladies, ndlr) : le sexe (les femmes sont naturellement plus touchées que les hommes, ndlr), l'âge, l'amélioration de l'accès aux soins et des techniques de diagnostic, les habitudes alimentaires et les carences en iode», a-t-il ajouté.

Or «ces données +nettoyées+ mettent en évidence une augmentation des pathologies thyroïdiennes corrélée à l'exposition au nuage», a-t-il affirmé. Chez les hommes, l'étude constate une augmentation de 78,28% des thyroïdites, de 103,21% de l'hyperthyroïdisme, et de 28,29% des cancers de la thyroïde, et chez les femmes une augmentation de 55,33% des thyroïdites.

L'étude sera envoyée à plusieurs revues scientifiques internationales d'ici la fin de l'année pour être soumise au débat, a précisé le professeur. «Ce qui était inexcusable, c'était de repousser l'étude avec des mots politiques», a fustigé M. Giacobbi, assurant qu'il déposera une nouvelle proposition de loi sur la reconnaissance d’une présomption de lien de causalité entre l'exposition aux radiations et la maladie ou le décès.