Gaspillage alimentaire: «Un Français jette 20 à 30kg de nourriture par an, dont 7kg encore emballés»

Propos recueillis par Céline Boff

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Guillaume Garot, ministre en charge de l’Agroalimentaire en  interview dans son bureau du ministère de l'argiculture à Paris, le 15  octobre 2013.
Guillaume Garot, ministre en charge de l’Agroalimentaire en interview dans son bureau du ministère de l'argiculture à Paris, le 15 octobre 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Ce mercredi 16 octobre se tient la Journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Une première. Rencontre avec son créateur, le ministre de l’Agroalimentaire Guillaume Garot.

En quoi consiste cet événement?

L’idée est de présenter partout en France des initiatives de lutte contre le gaspillage alimentaire. A Paris, des producteurs, des associations, des entreprises et l’Etat vont se rassembler place de la République pour expliquer comment chacun peut s’engager dans ce combat.

Quels objectifs poursuivez-vous à travers cette Journée?

Elle est une étape pour atteindre l’objectif ambitieux que nous nous sommes fixés en juin dernier: réduire par deux le gaspillage alimentaire d’ici à 2025. En France, un habitant jette chaque année 20 à 30kg de nourriture, dont 7kg sont encore emballés… Ceci représente une perte d’environ 400 euros par an pour une famille de quatre personnes.

Ces chiffres sont extrêmement choquants à l’heure où tant de gens ont du mal à finir le mois et où tant d’autres meurent de faim partout dans le monde. Voilà pourquoi je veux faire de la lutte contre le gaspillage alimentaire une vraie politique publique, et la bâtir avec toutes les parties prenantes.

Votre pacte contre le gaspillage a déjà été signé par 29 partenaires. A quoi s’engagent-ils?

Les industriels vont travailler sur les formats de leurs produits, dans le but de développer la vente à l’unité, et la grande distribution doit accroître les ventes en vrac. Quant aux producteurs, ils vont développer des filières de récupération. Par exemple, à Rungis, une association récupère les invendus de fruits et de légumes pour les transformer en jus ou en soupes et les distribuer en circuits courts. Ce qui a déjà permis de créer plusieurs emplois d’insertion.

Et à quoi s’engage l’Etat?

Nous avons pris onze mesures. Comme s’assurer qu’à partir de la rentrée 2014, des modules de formation contre le gaspillage seront proposés dans tous les lycées agricoles et hôteliers. Par ailleurs, de nombreux consommateurs jettent les denrées dont la «date limite d’utilisation optimale» (DLUO) est dépassée, alors qu’elles peuvent encore être consommées.

Ces produits seront peut-être plus secs ou plus mous, mais s’en débarrasser est un vrai gaspillage. Nous allons donc faire remplacer la mention DLUO par «A consommer de préférence avant». Ce sera effectif d’ici un an. Plus généralement, nous allons veiller à ce que chaque partie respecte ses engagements, notamment en termes de solidarité.

C’est-à-dire?

Nous voulons inciter les professionnels à donner plutôt qu’à jeter. Par exemple, un test est en cours à Tours: une camionnette financée par la Communauté d’agglomération fait le tour des supérettes pour récupérer les invendus et les redistribuer aux associations.

En Ile-de-France, grâce au logiciel développé par l’entreprise Eqosphère, les traiteurs peuvent dans la journée trouver des associations à même de récupérer les produits alimentaires non consommés. Notre rôle, c’est de recenser ces bonnes pratiques et de les généraliser sur le territoire national.