Tchernobyl: la Collectivité de Corse veut rétablir la vérité

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Des élus corses et une équipe de scientifiques ont présenté mardi à Paris une enquête "indépendante" sur l'augmentation dans l'île des pathologies thyroïdiennes après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, une corrélation contestée par les autorités.
Des élus corses et une équipe de scientifiques ont présenté mardi à Paris une enquête "indépendante" sur l'augmentation dans l'île des pathologies thyroïdiennes après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986, une corrélation contestée par les autorités. — Tass

Le président de la Collectivité territoriale de Corse (CTC), Paul Giacobbi, présente mardi à Paris une «enquête indépendante» sur la forte augmentation dans l'île des maladies de la thyroïde, pourtant toujours niée par les autorités, après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl de 1986.

Face au rejet par la ministre de la Santé Marisol Touraine et l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) de cette étude scientifique présentée en juillet à Ajaccio, M. Giacobbi, député (PRG) de Haute-Corse, en exposera le contenu lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale.

Il sera accompagné de la conseillère territoriale (Front de gauche) Josette Risterucci, présidente de la Commission Tchernobyl à l'Assemblée insulaire, et des responsables de l'étude réalisée par 25 scientifiques italiens dirigés par le Pr Paolo Cremonesi de l'hôpital Galliera de Gênes (Italie).

Selon ces experts, les cancers de la thyroïde ont augmenté de 28,29% chez les hommes, après le passage sur la Corse du nuage radioactif (pas de chiffre significatif chez les femmes) de la centrale nucléaire ukrainienne qui avait explosé le 26 avril 1986.

Les thyroïdites (inflammations de la glande thyroïde) ont augmenté de 78,28% chez les hommes (55,33% chez les femmes) et «le risque de thyroïdites chez les moins de 18 ans a augmenté de 62,5%».

«Cette étude, réalisée pour la première fois en France à l'initiative d'une région visait à dissiper le climat de polémiques et de confusion qui entourait, depuis 25 ans, les retombées sanitaires du nuage de Tchernobyl, résultant notamment des lacunes des enquêtes effectuées précédemment par les organismes d'Etat», a souligné M. Giacobbi.

L'enquête a été effectuée sur la base de 14.000 dossiers médicaux archivés et réalisée par un groupe de médecins, épidémiologistes et statisticiens exploitant une base de données médicales suivant 16.000 patients.

Les dirigeants corses déplorent que «l'Etat et ses organismes de santé n'aient opposé à ce jour qu'une fin de non-recevoir fondée sur des réfutations sommaires, voire contradictoires» de l'enquête.

Une indemnisation possible?

M. Giacobbi et la commission Tchernobyl de Corse souhaitent donc «interpeller à nouveau l'Etat (pour) que le débat se poursuive dans la communauté scientifique pour améliorer la prévention des risques». Ils souhaitent aussi «que le législateur prenne en compte les conséquences de tels accidents au niveau de la réparation des dommages individuels.»

Mettant notamment en cause «le poids du lobby nucléaire», M. Giacobbi présentera à l’Assemblée un projet de résolution sur la reconnaissance d’une présomption de lien de causalité entre l'exposition aux radiations et la maladie ou le décès.

«S’il survenait une catastrophe comme Fukushima, le droit français ne permettrait d’indemniser personne», souligne-t-il à l'adresse de l'Etat qui avait écarté d'un revers de main l'enquête italienne.

Mme Touraine avait ainsi jugé le 23 juillet à l'Assemblée que cette étude «ne permet pas (..) d'établir un lien de cause à effet plus direct entre le nuage de Tchernobyl et le développement de ces cancers» en Corse.

Elle avait même affirmé que «le nuage de Tchernobyl, qui a fait couler beaucoup d'encre, fait partie de ces événements pour lesquels il est difficile aujourd'hui de mesurer l'impact réel».

L'IRSN avait, à l'unisson, rejeté le travail des scientifiques italiens.

Dans une note de deux pages, cet organisme public d'expertise nucléaire avait estimé que les données de l'enquête «approximatives et mal décrites» faisaient «apparaître des limites majeures» sur l'analyse statistique et l'interprétation des résultats.

Rappelant que «depuis le début, (l'IRSN) a menti et a fini par le reconnaître, en 2002», M. Giacobbi a souligné que document de deux pages «pour répondre à une étude épidémiologique de centaines de pages (...) n’est pas une note d’information, mais de désinformation», ce qui n'est «ni normal, ni logique.»